« Non à l’austérité ! » : manifestation du 9 avril à Toulouse

Répondant à un appel national à la grève, près de 8000 personnes ont effectué le déplacement ce jeudi 9 avril à Toulouse. Cet appel avait été annoncé il y a quelques jours par quatre syndicats (CGT, FO, FSU et Solidaire) contre les « politiques d’austérité » menées par le gouvernement.

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Près de huit mille personnes étaient présentes lors de l’événement. Crédit photo : le Matou

La manifestation est matinale. Le rendez-vous est donné pour 10h sur la place Arnaud Bernard à Toulouse. Les quatre principaux syndicats n’étaient pas les seuls présents lors de ce rassemblement. Étudiants, retraités, travailleurs et personnes sans emploi se sont également déplacés en masse pour cette action. Parmi les acteurs les plus présents, notons la présence de fonctionnaires de la Poste et de la CAF. Personnel et étudiants de l’université Jean Jaurès (anciennement Mirail) étaient également présents, ainsi que le personnel du CHU de Toulouse, des aiguilleurs du ciel de l’aéroport de Blagnac, les cheminots ou encore les adhérents du MEDEF. Tous étaient là pour montrer leur désaccord face à la politique actuelle d’austérité menée par le gouvernement français passant notamment par la loi Macron.

Nadine, membre active du bureau de l’Union départementale de la CGT, m’en dit plus sur les raisons de cet appel à la grève et de cette mobilisation :

Nadine : « Nous sommes aujourd’hui dans la rue parce que les salariés en ont assez des politiques d’austérité menées par le gouvernement. Tout ce qui est mis en place va dans le sens du patronat mais rien ne va dans le sens des salariés. Nous sommes très nombreux aujourd’hui à Toulouse, mais aussi à Paris et dans le reste de la France et cela montre bien ce ras-le-bol général. Aujourd’hui, il faut que cette politique d’austérité change, que des mesures soient mises en place en faveur du travail et des salariés. Nous voulons par exemple des possibilités d’augmentations des salaires et que l’Etat arrête de s’attaquer à la protection sociale des travailleurs. Tout ça n’est plus supportable et nous sommes ici aujourd’hui pour le faire savoir. »

Le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Toulouse se bat également depuis des mois contre la fermeture du service des urgences de Rangueil. Un soignant m’explique qu’à présent, tout le service des urgences de Toulouse est centralisé à l’hôpital de Purpan. Malheureusement ils ont maintenant à faire face à une demande deux fois plus importante de patients pour un nombre de soignants qui n’a pas été revalorisé.

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Membre du CHU de Toulouse. Crédit photo : Le Chat

Un soignant : « On ne voit plus le patient comme un humain, mais comme du chiffre d’affaire. Le milieu hospitalier doit maintenant faire du profit, c’est devenu un business. C’est très grave, car en nous imposant ces conditions de travail horribles, nous mettons la vie des patients en danger. Ce n’est pas possible. »

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Crédit photo : le Matou

C’est sous le beau temps que s’est déroulée la marche. Nombre de drapeaux syndicaux, bannières colorées, airs de musique et chants égaillaient la manifestation. Voilà qui contrastait avec l’austérité imposée par la gouvernement. Une action à l’ambiance bon enfant, sans casse ni heurts avec les forces de l’ordre ; de quoi rassurer les commerçants de l’hyper-centre excédés par les dégradations commises lors des dernières manifestations qui ont secoué le centre-ville de Toulouse ces derniers mois.

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La CGT au Capitole. Crédit photo : le Matou

La cortège terminera sa mobilisation sur la place du Capitole de Toulouse et les principaux syndicats prendront la parole tour à tour pour exprimer clairement leurs revendications. La mobilisation finira aux alentours de 12 h 30.

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Crédit photo : le Matou

Retour en images.

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Les principaux syndicats contre l’austérité. Crédit photo : le Matou

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Les membres d’Écocert en grève depuis trois jours. Crédit photo : le Matou

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Membre de la CGT. Crédit photo : le Matou

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Crédit photo : le Matou

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L’ambiance est festive. Crédit photo : le Matou

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Un enfant prend la pause. Crédit photo : le Matou

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« Pour mon salaire, ma retraite ». Crédit photo : le Chat

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La musique bat son plein. Crédit photo : le Matou

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Crédit photo : le Matou

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Des étudiants de l’université des sciences de Toulouse. Crédit photo : le Matou

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« 99% n’ont rien, 1% possède le monde » Crédit photo : le Matou

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Crédit photo : le Matou

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Crédit photo : le Chat

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Crédit photo : le Chat

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Crédit photo : le Chat

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L’événement se terminera sur la place du Capitole, lieu symbolique pour la contestation. Crédit photo : le Matou

Article griffé par le Matou

Planning Familial de Toulouse : le parcours du combattant

Les premiers centres du planning familial ont ouvert leurs portes en 1961, et depuis cette date se sont répandus dans l’hexagone. Près de 55 ans plus tard, plus du quart d’entre eux sont au bord de la fermeture, faute de moyens financiers suffisants.

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Crédit photo : le Matou

Mais qu’est ce que le planning familial? Pourquoi toutes ces difficultés?

Afin d’en savoir plus, j’ai retroussé mes moustaches et suis parti à la rencontre de Carole et Sigrid, salariées du planning familial de Toulouse.

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Crédit photo : le Matou

Pouvez-vous vous présenter ?

Carole : « Je suis militante et salariée au planning familial de Toulouse depuis 4 ans. »

Sigrid : « Je suis militante et salariée au sein du planning depuis 3 ans. Nous sommes trois salariées et nous avons toutes le même poste. Nos différentes missions sont par exemple d’assurer l’accueil, développer l’association, assurer le lien avec les bénévoles ou encore mener à bien des missions administratives. »

Quel est le rôle du planning familial ?

C : « Le planning familial est un lieu d’accueil gratuit, anonyme et sans rendez-vous. Nous sommes là pour répondre à des questions sur le vie affective et sexuelle.

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Crédit photo : Kitt-Katt

La majorité des personnes viennent nous voir au sujet de la contraception ou de l’avortement, mais nous sommes également présents pour accueillir les jeunes qui désirent effectuer un test de grossesse, ceux qui ont des problèmes conjugaux, les victimes de violences, de viols, d’agressions, d’incestes… »

« Le planning familial est un lieu d’accueil gratuit, anonyme et sans rendez-vous »

S : « Malheureusement, nous avons dû restreindre les permanences suite à des problèmes de financement. Actuellement le planning n’est plus ouvert tous les jours, mais seulement les après-midi, du lundi au jeudi. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

A qui s’adresse le planning familial ?

C : « La majorité des personnes venant nous rencontrer sont des étudiantes entre 18 et 25 ans, mais le planning familial s’adresse à tous le monde, peu importe son âge, sa situation ou encore son sexe. Beaucoup de personnes nous identifient à la contraception et considèrent que celle-ci est un problème qui ne concerne que les femmes. C’est peut-être à cause de cela que très peu d’hommes se rendent au planning familial. »

S :« Les effectifs du planning familial de Toulouse sont constitués d’une très grande majorité de femmes. Bien que cela ne résulte pas d’un choix interne, cela est significatif de quelque chose. »

Quelles sont les actions du planning familial ?

S : « En plus des permanences nous menons des interventions, en milieu scolaire par exemple, de la maternelle au BTS, ou encore dans toute structure qui accueille du public. »

C : « Lors de nos interventions nous discutons de sujets en lien avec la sexualité et le féminisme. Nous abordons par exemple des sujets sur la bisexualité, l’homosexualité, le sexisme… Ces moments d’échanges permettent de lutter contre les violences et les discriminations. Ils permettent de dire et de découvrir des opinions différentes. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

Selon vous, est-ce important de pouvoir disposer de plannings familiaux en France ?

C : « Au planning familial, les gens peuvent venir discuter des difficultés qu’ils traversent et bénéficier d’une écoute neutre. Les gens reconnaissent que ce n’est pas commun de pouvoir bénéficier d’une telle aide sans jugement ni contrepartie. Cela les aide à reprendre leur vie en mains, à affronter les difficultés. »

« Les espaces où l’on peut parler de sexualité, de sa propre sexualité, restent rares.« 

S : « Oui, car c‘est un endroit neutre. Par exemple, les infirmeries au sein des lycées sont souvent connotées pour offrir cette neutralité. Les jeunes ont toujours peur que l’infirmière ne garantisse pas cet anonymat, cette neutralité à laquelle ils ont droit. Le planning familial leur offre. S’adresser à un inconnu peut être plus aisé également.

Les espaces où l’on peut parler de sexualité, de sa propre sexualité, restent rares. Le planning familial fait partie du mouvement d’éducation populaire. Il est vraiment en contact avec le public. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

Quelle est la situation actuelle du planning familial de Haute-Garonne ?

C :  « Les permanences sont le cœur du planning familial, mais nous devons limiter de plus en plus les jours d’accueil depuis trois ans.
Ces journées sont sous-financées et actuellement par manque d’argent nous n’avons pas eu d’autre choix que de les limiter. »

Le planning familial de Toulouse a du fermer ses portes durant trois mois. Pourquoi ?

C : « Nous ne disposons pas d’assez de subventions pour fonctionner. Nous sommes en déficit chaque année de plusieurs milliers d’euros mais jusque là, il y avait un fond de roulement, comme pour toutes les associations. 
Les financeurs payent les associations entre juin et décembre de l’année subventionnée donc nous devons tenir jusque là. C’est pour cette raison que nous disposons d’un fond de roulement. Ce fond de roulement s’est vidé d’année en année à cause du manque de financement. A cela s’ajoute des jugements en Prud’hommes fin 2014 qui concernent d’anciennes salariées et l’ancien conseil d’administration. Le fermeture était annoncée pour fin février car la première échéance des prud’homme devait être à ce moment là. Si on ne s’était pas mobilisées, on aurait été dans une situation de cessation de paiement et le planning familial fermait. 
Nous avons pris conscience de la gravité de la situation en novembre 2014. Pour pouvoir trouver des solutions et nous mobiliser, nous avons dû fermer temporairement nos portes. Cette fermeture était également un moyen de pression sur les financeurs. »

« Nous ne disposons pas d’assez de subventions pour fonctionner. »

S : « Nous avions laissé un numéro vert en place durant la fermeture pour toute question liée à l’avortement et à la contraception sur la porte de nos locaux, afin d’assurer un minimum d’aide et de renseignements. Les appels étaient renvoyés sur la ligne régionale qui s’appelle Contraception Avortement. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

Lors de la fermeture du planning familial, l’appel aux dons lancé par le planning familial a t-il été suivi ?

S : « Pour nous, cet appel était surtout symbolique. Nous savions que les dons ne pourraient pas sortir à eux-seuls le planning familial de sa situation difficile. Nous attendions surtout que les financeurs prennent leurs responsabilités face à la grave situation du planning. »

Suite à la ré-ouverture du planning familial, quelles sont vos attentes ?

C :  « Nous demandons de vrais moyens. Nous avons ré-ouvert suite à une promesse de don exceptionnel qui émanerait du ministère (des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes), qui pourrait combler notre déficit. Mais nous n’avons pas eu d’engagement sur les moyens qui vont nous être alloués pour l’année 2015. Nous souhaitons des financements de fonctionnement avec des conventions sur plusieurs années afin de pouvoir nous organiser et embaucher d’autres salariés. Nous souhaitons également une revalorisation des permanences et de nos actions. Nous avons besoin d’un plus grand local car nous ne pouvons pas accueillir de groupes. Nous devons adapter nos actions à la taille de nos locaux. »

« Si l’on veut que les personnes aient accès aux structures, il faut donner à celles-ci les moyens de fonctionner ! »

C : « Nous souhaitons des moyens suffisants pour couvrir toute la Haute-Garonne. Nous sommes présentes essentiellement sur Toulouse, mais les violences faites aux femmes existent également en campagne et en périphérie. Il n’y a qu’un seul planning familial en Haute-Garonne et à travers le département !

Couvrir toute la Haute-Garonne permettrait aussi de donner accès à la contraception à d’avantage de jeunes. En effet, beaucoup d’entre eux n’habitent pas à Toulouse et n’ont pas accès à des renseignements anonymes et gratuits sur ce sujet. Et puis prendre le bus à quinze ans, sans le dire à ses parents, et parcourir des dizaines de kilomètres n’est pas évident ! Si l’on veut que les personnes aient accès aux structures, il faut donner à celles-ci les moyens de fonctionner !« 

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Crédit photo : le Matou

Comment expliquez-vous ce manque de financement ?

« Les projets sont ambitieux alors que les financements sont bien maigres. »

S : « On retrouve ce problème de financement dans tout milieu associatif. Nos actions doivent répondre à des appels à projets et aux lignes budgétaires de l’Etat. Dans le cas contraire, nous ne recevons pas d’argent. Cette année par exemple, le planning familial de Haute Garonne a mis en place par ses propres moyens un groupe de parole pour les femmes victimes de viols, car personne ne voulait financer ce projet. Les projets sont ambitieux alors que les financements sont bien maigres. »

C : « Même si nos actions correspondent aux appels à projets, ce sont les financeurs qui choisissent de donner de l’argent à telle association ou à telle autre. »

Quelles sont vos revendications par rapport à ce mode de financement  ?

S : « Nous désirons obtenir des financement de fonctionnement. De cette façon nous pourrions nous-mêmes répartir l’argent et déterminer nos choix d’intervention. »

C  : « La CAF est le seul de nos financeurs qui nous soutient sans contreparties. Cela veut dire qu’elle nous donne de l’argent pour fonctionner, et qu’elle nous laisse libre de répartir ce financement au sein de nos actions. Une généralisation des financements de fonctionnement nous permettrait donc d’être plus libres et efficaces. »

La politique d’austérité budgétaire actuelle a-t-elle une incidence sur les organismes tels que le votre ?

S : « Oui, les associations sont les premières à subir les coupes budgétaires. Si cela continue, nous ne pourrons plus aider toutes ces femmes, premières victimes de la précarité. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

Le planning familial de Douai, Nord-Pas-De-Calais, a été mis en situation de liquidation judiciaire en octobre dernier. Etes-vous en contact avec les autres plannings familiaux? Existe-t-il une solidarité inter-régionale?

« On aimerait créer une mobilisation à l’échelle nationale […] »

 C : « Oui bien sûr, il y a de la solidarité morale. Mais les plannings familiaux se débattent déjà avec leurs propres difficultés. On a le nez dans le guidon. On aimerait créer une mobilisation à l’échelle nationale car en effet, il n’y a pas que notre planning familial qui traverse des moments difficiles. Lille, Marseille… Environ un quart des plannings familiaux de France sont en grave manque financier. 

Et puis il faut souligner que nous ne sommes que 3, ici à Toulouse… Trois salariées. C’est très difficile d’organiser une mobilisation en plus de la charge de travail qui nous écrase. »

Est-ce que la mairie de Toulouse vous apporte du soutien ?

« Vis-à-vis de nos difficultés financières, il n’y a pas trop de réaction de la part de la mairie. »

S : « Non. La mairie de Toulouse met un local à notre disposition, elle estime que c’est déjà beaucoup. Ce qui est vrai, mais bon… Vis-à-vis de nos difficultés financières, il n’y a pas trop de réaction de la part de la mairie. »

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Crédit photo : le Matou

Un mot pour la fin ?

S : « Si on ne croyait pas en notre action, on aurait rendu les clés depuis longtemps. Il y a une sorte de force collective au sein du planning, avec des personnes présentes tout le temps… J’ai peur qu’à l’avenir il n’y ait plus d’endroits comme celui-ci pour accueillir les personnes en difficulté. »

Propos recueillis par Kitt-Katt et le Chat

Derrière l’uniforme : Police Secours

Le 17, tout le monde connaît ce numéro, symbolique des urgences. Mais qui sont réellement ceux qui se cachent derrière ce numéro? 

Afin d’en savoir plus, je rencontre aujourd’hui Sebastian, qui va m’immerger dans son quotidien au sein de Police Secours à Paris.

Pouvez-vous vous présenter ?

Sebastian : « Je m’appelle Sebastian, j’ai 28 ans. Je suis originaire de Toulouse. J’ai intégré l’école de police de Nîmes, suivi d’un stage de 3 mois à Nice. Je suis désormais depuis 6 ans en fonction à Paris au sein de Police Secours. »

Pourquoi devenir policier ?

S : « Par conviction. J’ai fait des études en génie biologique, mais je ne me voyais pas enfermé dans un laboratoire. Pour moi, c’était la police, la gendarmerie ou l’armée. Je dis conviction car je pense que l’on peut faire de ce monde, qui est un peu une jungle, quelque chose de viable. »

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Crédit Photo : ChatGraff

Qu’est-ce que Police Secours ?

S : « Police Secours c’est du tout et n’importe quoi. Si jamais vous avez un problème ou un doute, faites le 17 (ou le numéro d’urgence européen, le 112). Le 17 et le 112 sont des numéros ouverts à tout le monde, même d’un téléphone portable sans carte SIM ou d’une cabine téléphonique. Nous sommes disponibles 24h/24.

Selon la priorité de la mission, le véhicule arrivera dans un délai plus ou moins long. Un différend familial un soir à 23 heures passera en priorité sur quelqu’un qui a refusé de payer une consommation dans un bar. »

En quoi consiste votre travail ?

S : « Le travail d’un policier, c’est de protéger les personnes et les biens. C’est assez vague mais on est surtout un service public, au service du public. Notre travail consiste, par exemple, à faire le guide touristique quand des personnes viennent nous demander où se trouve la Tour Eiffel.

« […] On est surtout un service public, au service du public. »

Ou d’intervenir dans différentes situations qui sont toutes aussi spécifiques les unes que les autres. Une femme battue, un enfant perdu…»

Comment est constituée une unité de Police Secours ?

S : « Les brigades de commissariat se constituent généralement en 3 groupes qui tournent dans la journée. Une de 6h30-14h30, une de 14h30-22h30, puis la brigade de nuit 22H30-6h30 du matin. La brigade en elle-même est constituée d’un chef de brigade et de 4 chefs qui lui rendent des comptes. Ensuite viennent les gardiens de la paix, qui obéissent aux ordres directs de la hiérarchie. »

Des farceurs appellent-ils le 17 ?

S : « Cela peut arriver et c’est très dangereux. On peut tomber sur un guet-apens, ou sur des jeunes qui mettent le feu à une poubelle juste pour casser du flic. C’est déjà arrivé. Il faut éviter de faire cela parce que pendant qu’une voiture de police va partir sur le canular, elle ne sera pas disponible pour une vraie urgence vitale. »

Sur quel type de mission êtes-vous appelés à intervenir le plus fréquemment ?

S : « Nous avons beaucoup de différends familiaux à gérer : hommes ou femmes battus, divorces qui dégénèrent, gardes d’enfants disputées, vols à l’étalage…

Par exemple le poste de sécurité de la FNAC a attrapé un gamin qui a essayé de voler une Smartbox pour l’offrir à ses parents parce que le gamin n’a pas d’argent ou pour la revendre sur eBay parce qu’il a envie de faire du business.

« On intervient énormément sur les accidents de la route. »

Après à Paris on a pas mal de Delta Charlie Delta, c’est-à-dire des cadavres de personnes découvertes décédées à domicile, quelque fois des homicides mais c’est assez rare. On intervient énormément sur les accidents de la route. »

Est-ce que Police Secours collabore avec d’autres services de la police ?

S : « Tous les secteurs de la police sont en relation les uns avec les autres. On travaille autant avec la BAC qu’avec la BEI (brigade des enquêtes d’initiative, anciennement appelée STUP). Tout est fait pour que les équipes arrivent à travailler en parfaite osmose.

Au moment de partir sur une intervention, si l’on se rend compte par exemple que celle-ci se situe dans un secteur assez difficile, on sait que des jeunes pourraient commencer à graviter autour de nous, auquel cas il nous faudra des renforts. Et ces renforts peuvent être la BAC, des policiers à pied ou à vélo.

Quand on intervient sur une scène de crime, on assiste des services spécialisés pour sécuriser la scène ou protéger les traces et indices, mais rien de plus. »

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Crédit Photo : ChatGraff

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre travail ?

S : « Les préjugés la plupart du temps. Les gens ont une mauvaise opinion de nous. Ils nous voient comme des gens violents, qui mettent des amendes partout où ils peuvent… 

« […] Les gens doivent comprendre qu’on est là pour les aider. »

Même si les personnes qui appellent la police sont en situation de détresse, elles hésitent encore à nous appeler à cause de cette image. Ils ne nous appellent qu’en dernier recours. Mais les gens doivent comprendre qu’on est là pour les aider. »

Diriez-vous que vous exercez un métier dangereux ?

S : « Oui car quand tu te lèves le matin, tu ne sais pas sur quoi tu vas tomber. Si l’on part sur un différend familial par exemple, une fois devant la porte nous avons consigne de ne pas rester face à celle-ci. C’est déjà arrivé qu’une personne à l’intérieur de l’appartement tire au fusil de chasse à travers la porte et tue un fonctionnaire de police. On peut être pris à partie comme avec Charlie hebdo, on ne sait pas… »

Y a-t-il des moments de la journée plus agités que d’autres ?

: « C’est très aléatoire mais on va dire que le comportement humain évolue beaucoup avec la météo.

Le soleil apaise les mœurs, mais quand il pleut les gens se retrouvent chez eux, moroses, boivent un peu plus, et c’est là où l’on doit intervenir le plus (agressions, différends familiaux…).

Après il y a aussi les week-ends lorsque les gens font la fête. Les vacances scolaires sont plus calmes en général, même si l’on doit alors faire face à une autre forme de délinquance, les agressions envers les touristes. »

Pouvez-vous nous décrire une journée type ?

S : « Il n’y a pas de journée type ! Certaines journées se ressemblent cependant. Comme les dimanches matins sur les quais de Seine, on doit gérer des sorties de boîtes qui sont difficiles… Et tous les dimanches l’histoire se répète. Après, de manière générale, tout est très aléatoire. »

Quel est votre meilleur souvenir au sein de Police Secours ?

S : « On rigole bien, mais je n’ai pas vraiment de meilleur souvenir. On a tellement peu de reconnaissance de la part des gens… Mais quand les gens comprennent qu’on est là pour les aider, un sourire, un regard, ça réchauffe le cœur.

J’ai déjà eu des soulagements, comme une fois, alors que j’intervenais dans un différend familial, il y avait un nourrisson allongé sur le lit. Il semblait mort. J’ai mis ma main sous son nez et rien. Je pensais qu’ils avaient tué le petit. Heureusement, quand j’ai pris le pouls, je me suis rendu compte qu’il était en vie… Et ce fut un grand soulagement !

« […] Quand les gens comprennent qu’on est là pour les aider, un sourire, un regard, ça réchauffe le cœur. » 

Une autre fois, Il m’est arrivé de laisser repartir un mec sans permis. C’était lors d’un contrôle routier. Je contrôlais une voiture, le conducteur n’avait pas de permis. Il se l’était fait retirer. Il m’a alors expliqué que sa femme venait d’accoucher et qu’il était allé acheter des fournitures pour bébé. Comme on nous raconte souvent des bobards, j’ai demandé à vérifier la malle. En effet, elle était pleine de couches et de lait ! Un quart d’heure plus tard, sa femme et son enfant sont arrivés en taxi. Je leur ai alors expliqué que si je terminais le contrôle, il serait en situation de récidive et risquerait de partir en prison. Je leur ai dit que je n’avais pas envie de priver un père de voir grandir sa petite fille.

Pour moi en tant que policier je n’aurais jamais dû faire ça mais j’ai décidé avec ma collègue de réagir comme cela, et personne n’est au courant. »

Quel est votre pire souvenir ?

S : « Une expérience qui m’a particulièrement touché concernait une femme battue. On nous appelle, et lors de l’intervention on découvre une jeune femme d’une vingtaine d’années, qui a le visage complètement tuméfié.

« N’oublies pas que tu portes une tenue et que tu dois y faire honneur. »

Elle nous explique qu’elle s’est disputée avec son ami. Elle avait les cheveux d’une de mes cousines et le visage d’une autre de mes cousines. Donc j’ai fait un transfert et le soir je n’en ai pas dormi de la nuit. J’ai ressassé cette scène dans ma tête sans arrêt, et le lendemain j’y suis retourné avec un très bon collègue. Ce dernier m’a dit : « N’oublies pas que tu portes une tenue et que tu dois y faire honneur ». Je suis monté voir la fille, je lui ai demandé si tout se passait bien. Elle m’a dit que oui mais m’a demandait si l’on allait revenir tous les jours… Donc là j’ai senti forcément un peu d’animosité. J’étais un peu intrusif dans la vie personnelle de ces gens. J’ai tout de même demandé à voir son ami, et là j’ai vu un gamin d’environ 18-20 ans qui a débarqué.

Je lui ai alors demandé de sortir dans la cage d’escalier pour discuter. Et je lui ai expliqué ma vision des choses. Au départ je parlais en tant que policier, mais très vite je me suis mis à parler d’homme à homme. Et ce gars me parlait avec beaucoup de gestes, comme un italien, j’ai cru un instant qu’il voulait m’agresser. Je ne sais pas vraiment si c’était le cas ou si mon cerveau a déconné, mais je lui ai mis un bon coup de poing. Il a dévalé tout un étage. Et je lui ai dit que si jamais on était rappelé pour le même motif, je finirai alors le travail que j’avais commencé.

Je suis parti. On n’a plus jamais été rappelé… Pour moi c’est la différence ente la loi et la justice, mais c’est un autre débat.

Une autre expérience très désagréable date de l’époque où j’étais encore à l’école de police. J’ai découvert mon premier cadavre, gros choc. Une femme, pendue à un radiateur dans une salle de bain. Son compagnon regardait un match de foot dans le salon, comme si de rien n’était. Quand j’ai regardé d’un peu plus près le corps (ayant fait des études en biologie), j’ai vu qu’elle avait des traces de strangulation, des traces de coups… Donc ça voulait sûrement dire que son mari l’avait buté. Ici on peut reparler de coopération entre les services de police, puisqu’on a fait appel à l’officier de police judiciaire de permanence qui a contacté la brigade criminelle. »

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Crédit Photo : ChatGraff

Selon vous, quelle image a l’opinion publique de la police ?

S : « Les gens ont l’image du flic qui met des amendes, l’image du flic qui n’a rien d’autre à faire que de contrôler et de perturber leur petit confort. S’ils sont dans leur tort, on fait notre travail. Et des fois cela peut partir loin dans les mots, même pour un simple contrôle routier. Après les attentats de Charlie Hebdo, il y a eu une vague de solidarité envers nous. Mais cela n’a pas duré longtemps.

Heureusement, certains ont compris que derrière l’uniforme, il y a des êtres humains qui sont là pour aider. Qui peuvent les renseigner si jamais ils ont besoin d’un médecin de garde, qui peuvent répondre à plein de questions différentes… Par exemple, qu’est-ce que je dois faire si je trouve une arme de la seconde guerre mondiale chez moi ? Est-ce que je peux l’apporter au commissariat pour la neutraliser, pour ensuite la vendre aux enchères ?

« Après les attentats de Charlie Hebdo, il y a eu une vague de solidarité envers nous. »

On est là pour tout le monde mais l’opinion publique n’est vraiment pas de notre côté… Et les médias n’aident pas du tout. 

Certes il y a beaucoup de policiers qui outrepassent leurs droits, mais il y en a encore plus qui se sont engagés dans la police par conviction, et qui sont au service la population. »

Que répondez-vous aux personnes qui vous accusent de discrimination (notamment certaines prostituées qui disent ne pas être prises en charge quand elles appellent le 17) ?

S : « Prenons donc l’exemple d’une femme qui est prostituée et qui appelle le 17 parce qu’elle est en danger. Il ne faut pas confondre le métier qu’elle fait, qui est le plus vieux métier du monde, avec la détresse de la femme, de l’être humain qui est derrière tout ça. Une prostituée reste une femme, peut-être une mère de famille, elle reste une personne en détresse avant tout. Elle sera prise en charge si elle appelle le 17. »

Que répondez-vous aux personnes qui vous accusent de délit de faciès ?

S : « La discrimination on en fait tous un peu. Par exemple, prenons un fils à papa, un bon français qui a un master en droit et qui roule dans une Porsche. Lui, pour nous, il va être plus sujet à des délits de grande vitesse avec son véhicule, et à des consommations de cocaïne ou d’ecstasy… Mais il ne va pas être du genre à faire du vol à l’arraché, même si des fois on peut avoir de belles surprises.

« Evidemment qu’on fait de la sectorisation. »

Pour moi ce n’est pas un délit de faciès, c’est de la sectorisation. Si on cherche les trafics de shit, on va se tourner plus vers des populations issues de quartiers modestes. Selon ce que l’on cherche, on va s’orienter vers des catégories de personnes venant de milieux différents. Evidemment qu’on fait de la sectorisation. Bob Marley n’a pas la gueule d’un avocat, même si encore une fois on peut avoir des surprises. »

Comment cela se passe pour vous en période d’attentat ?

S : « C’est un peu la merde ! Nous portons des gilets pare-balles pour éviter d’être blessés par des armes automatiques type Kalachnikov, mais pour faire face à ce genre de menaces nous n’avons pas le matériel nécessaire. 

« Nous sommes plus vigilants, et cette vigilance est épuisante. »

On doit surveiller un point stratégique pendant 8 heures d’affilée, regarder le mec qui marche sur le trottoir en face qui a la main dans sa poche et se demander ce qu’il cache etc… Nous sommes plus vigilants, et cette vigilance est épuisante.

On a aussi moins d’effectifs disponibles pour les interventions. Pour Charlie Hebdo par exemple, il n’y avait pas un seul véhicule de Police Secours disponible sur l’arrondissement.

Donc, pour conclure, en période d’attentat c’est très difficile de gérer le stress, la fatigue, et ça peut occasionner des mises en danger inconscientes qui peuvent être irréversibles. »

Disposez-vous de moyens suffisants ?

S : « Pour faire face à tout type de mission, non. Par exemple, nos pistolets mitrailleurs, on a l’impression d’utiliser un Thompson de la seconde guerre mondiale.

« La police d’aujourd’hui ne peut faire face que très difficilement aux différentes menaces auxquelles elle est confrontée. »

Quand on est face à une Kalachnikov, c’est un peu un pistolet à bouchon. Il nous faudrait par exemple des G36. C’est un fusil d’assaut doté d’un calibre supérieur à notre arme de service. Cela serait une arme idéale.

Il nous faudrait un renouvellement des gilets pare-balles, parce que certains ont plus de 10 ans et ne devraient plus être portés. La police d’aujourd’hui ne peut faire face que très difficilement aux différentes menaces auxquelles elle est confrontée. »

Selon vous, êtes-vous en effectif suffisant?

S : « Il nous faudrait entre six à huit policiers supplémentaires par équipe. Cela permettrait à d’autres effectifs de la brigade de poser des jours de repos. Pour être opérationnel sur le terrain, il faut être en forme et reposé. Ce n’est pas toujours le cas. »

Etes-vous armés durant votre service ?

S : « C’est nécessaire et vital. Si l’on intervient sur un différend familial et que la personne menace sa femme d’un couteau, il nous faut être armés.

« […] Il faut parfois neutraliser pour ne pas être tué. »

On a des armes de défense très efficaces, comme les matraques télescopiques, les gaz lacrymaux, qui peuvent être très dissuasifs. Se battre à mains nues face à une personne armée d’un couteau, ce n’est pas évident ! Surtout si la personne sait manier la lame, on est sûr d’y rester.

Ensuite, si l’agression monte en intensité, il faut parfois neutraliser pour ne pas être tué. C’est pour cela qu’on a des pistolets. »

Porter l’uniforme peut-il vous mettre en danger dans certaines situations ou certains quartiers ?

S : « Nous sommes des gardiens de la paix, mais malgré cela, le policier est souvent perçu comme quelqu’un qui est là pour frapper et mettre des amendes.

« Derrière l’uniforme il y a un homme ! »

Mais le policier ne se lève pas le matin en se demandant combien de dents il va casser dans la journée, non ! Le policier se lève le matin en espérant rentrer vivant chez lui le soir pour voir sa femme et ses gosses.

Derrière l’uniforme il y a un homme ! L’uniforme est une sorte de cible car il représente l’autorité. Et certains jeunes veulent s’en prendre à l’autorité, à la police… Mais pas forcément aux hommes qui sont derrière. Ils n’en ont pas conscience.

Pour eux, la police c’est un peu comme un chiffon rouge avec un taureau. Une fois que le taureau a vu le rouge, c’est fini. Pour nous, des fois, porter l’uniforme, c’est porter une cible dans le dos. »

Y a-t-il une solidarité entre policiers ?

S : « J’ai envie de dire que la police est une grande famille. Oui, il y a de la solidarité entre certains policiers, mais pas tous. En fait, il y a les policiers et les fonctionnaires. Ceux qui s’investissent et les autres.

Un collègue qui fait ses 8 heures puis qui s’en va, c’est différent d’un collègue qui s’investit, qui percute vite, qui est rentré par conviction dans la police. J’aurais confiance dans le second. Il y aura forcément de la solidarité. 

Donc solidarité, oui, mais pas avec tout le monde, pas entre tout le monde. »

On voit rarement les policiers manifester. Pourquoi ?

S : « La police est apolitique. En théorie je ne peux pas aller à une manifestation de Manuel Valls ou de Sarkozy car la police est avant tout humaniste et au service encore une fois du public. Même si chaque policier a évidemment des convictions, on est flic 24h/24, même quand on enlève l’uniforme. Nous devons faire preuve d’un droit de réserve. »

Un dernier mot ?

S : « Derrière chaque uniforme se cache une personne qui est comme tout le monde, il y a des gens bien partout.

« Nous sommes là pour garantir votre sécurité, même quand vous marchez hors des clous et que l’on vous met des amendes. »

On nous demande de ne pas faire d’amalgame, et c’est important que le public n’en fasse pas non plus.

Nous sommes là pour garantir votre sécurité, même quand vous marchez hors des clous et que l’on vous met des amendes. La police est là pour vous.

Si jamais vous avez un doute sur quoi que se soit, appelez-nous, il vaut mieux que l’on se déplace pour rien plutôt que l’on se déplace trop tard. N’oubliez-pas de nous donner le maximum d’informations, votre nom et adresse exacte, le bâtiment, l’étage, le code d’accès. Le max d’infos! Il ne faut pas hésiter. »

Propos recueillis par ChatGraff

Remerciements à GrosMinet

Rencontre avec Bronco Knowledge

Bronco Knowledge est un jamaïcain qui a grandi et joué aux côtés des plus grands noms de la musique reggae. Artiste reconnu dans son pays et en Angleterre, il est aujourd’hui l’un des personnages incontournables de la ville rose, où il partage son talent avec les passants. 

Afin de connaître son histoire et d’en savoir plus sur son parcours, je pars à sa rencontre.

Crédit photo : El Mouch

Crédit photo : El Mouch

Pouvez-vous nous en dire plus sur vous ?

Bronco : « Je suis né à Kingston, où j‘ai grandi dans le quartier de Trenchtown aux cotés de nombreuses légendes de la musique comme Alton Elis et Bob MarleyMon nom d’artiste est Bronco Knowledge, parce que j’étais un des membres originaux du célèbre groupe de musique reggae The knowledge, dans les années 70. Je chantais et je jouais de la guitare. »

 Comment avez-vous appris la musique ?

« […] J’ai appris la guitare avec Vincent Ford, celui-là même qui a enseigné la guitare à Bob Marley et écrit No woman no cry.« 

B : « C’est un don que j’ai depuis l’enfance. Ma première passion a été la danse. Je me suis très vite fait remarquer et je suis devenu l’un des meilleurs danseurs de mon pays. Puis j’ai découvert la musique grâce à mon oncle, qui était l’un des premiers chanteurs reggae à avoir enregistré un disque en Jamaïque. Et enfin j’ai appris la guitare avec Vincent Ford, celui-là même qui a enseigné la guitare à Bob Marley et écrit la célèbre chanson No woman no cry. »

Était-ce facile de faire de la musique en Jamaïque durant votre jeunesse ?

« Je me souviens très bien du jour où Bob Marley s’est fait tirer dessus. »

B : « À l’époque, la situation pour les rastafari était difficile. Entre les années 50 et 80 les politiciens abusaient de nous, ils nous accusaient d’être des truands, des membres de gangs… Ils ont tué beaucoup de ceux que je considérais comme mes frères et sœurs. Je me souviens même très bien du jour où Bob Marley s’est fait tirer dessus. Malgré ces menaces je suis resté dans mon pays, pour me battre pour la liberté à travers mes chansons. »

Pourquoi avoir quitté la Jamaïque, finalement ?

« Aujourd’hui mon but est de répandre la culture rasta sur la terre, tout comme Bob Marley le souhaitait. »

B : « J’ai fini par partir parce que mon pays était devenu trop petit, je voulais partager ma musique et mon savoir à travers le monde. Aujourd’hui mon but est de répandre la culture rasta sur la terre, tout comme Bob Marley le souhaitait. Mais je n’ai pas oublié mes racines, même si je ne suis pas retourné en Jamaïque depuis longtemps. »

Pourquoi avoir décidé de venir vivre à Toulouse ?

« […] En arrivant à Toulouse, j’ai eu un véritable coup de cœur pour la ville et  ses habitants. »

B : En 2000 j’ai donné un concert en Angleterre, à la suite duquel je suis resté vivre dix ans dans ce pays. Pendant cette période j’ai rencontré une musicienne française qui est devenu ma femme et la mère de mes deux enfants. En 2010, nous avons décidé de partir parcourir la France pour y donner une série de petits concerts et, en arrivant à Toulouse, j’ai eu un véritable coup de cœur pour la ville et ses habitants. Alors j’ai décidé de m’y installer et d’y élever mes enfants. »

Arrivez-vous à vivre de votre musique ?

« Je gagne de l’argent en vendant mes albums aux passants. »

B : « Je n’ai jamais eu de patron, mon seul patron c’est la musique. Je joue dans la rue par plaisir. Je gagne de l’argent en vendant mes albums aux passants. Je donne toujours des concerts en France et à l’étranger et je joue également régulièrement dans des salles de concerts Toulousaines, comme La Dynamo. Ma musique me permet de payer mon loyer et d’élever convenablement mes enfants. »

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Crédit photo : El Mouch

Pourquoi aimez-vous jouer dans les rues Toulousaines ?

 « […] Mon plus grand bonheur c’est de voir les enfants danser sur mes airs de guitare. »

B : « Je joue dans la rue par plaisir, pour les rencontres que cela m’apporte. Je chante pour donner ou redonner le sourire aux passants et mon plus grand bonheur c’est de voir les enfants danser sur mes airs de guitare. Jouer dans les rues, pour moi, c’est aussi un moyen de promouvoir mes albums sans dépendre des grands labels. »

De quoi parlent vos chansons ?

B : « Mes chansons transmettent les valeurs rastafari : tolérance, paix, justice, amour… Elles parlent de joie de vivre et d’espoir. D’ailleurs en ce moment je travaille sur de nouveaux morceaux pour mon prochain album : The revelation of Knowledge. »

Un mot pour la fin ?

B : « Suivez vos rêves, ne laissez rien ni personne vous y faire renoncer ! » 

Propos recueillis par Le Chat et traduits par Charousse.

Manifestation des prostitué(e)s à Toulouse

Vendredi 27 mars avait lieu à Toulouse une manifestation à l’initiative de nombreuses associations et syndicats tels que le STRASS (Syndicat du Travail Sexuel). Leur objectif : sensibiliser l’opinion publique et interpeller les politiques sur les conditions de travail des prostitué(e)s et lutter contre toute mesure de pénalisation envers les prostitué(e)s et leurs clients.

Marie, travailleuse du sexe et membre du STRASS Toulouse : « Les lois comme la pénalisation des clients, le racolage passif, et le proxénétisme d’aide et de soutien nous isolent et nous mettent en danger (voir notre article sur les travailleurs du sexe). Elles nous fragilisent et n’apportent aucune solution, voire l’inverse. »

Retour en images sur cette mobilisation.

Dès 17 heures, début de la manifestation. Certains manifestants portent des masques afin de ne pas être reconnus.

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Début de la manifestation. Crédit photo : Kitt-Katt

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Le parapluie rouge, symbole des travailleurs du sexe à travers le monde. Crédit photo : Chat Graff

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Crédit photo : Le Matou

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Crédit photo Kitt-Katt

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« Sexwork is work » Crédit photo : le Matou

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« On paie des impôts c’est donc bien un boulot » Crédit photo : le Matou

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Crédit photo : le Matou

Le cortège emprunte les rues de Toulouse en chantant de nombreux slogans tels que : « Nous on baise, en plus on se fait payer, voilà la vérité qui vous fait chier ! » ou encore « Où, quand, comment, combien, ce choix me revient, mon corps m’appartient ! »

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Crédit photo : le Matou

Vers 18h, la manifestation se dirige vers son point final au square Charles de Gaulle.

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Crédit photo : le Matou

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Crédit photo : le Matou

Les manifestants affichaient et distribuaient des tracts aux passants.

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Crédit photo : le Matou

Un passant : « Ces nouvelles lois qui vont être adoptées, je trouve que c’est ridicule. La prostitution existe depuis toujours. On n’a pas à légiférer là-dessus, Il y a d’autres choses prioritaires et beaucoup plus importantes à faire. »

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Crédit photo : le Matou

A la fin de la manifestation, les manifestants font entendre leurs voix sur une tribune improvisée.

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Crédit photo : Chat Graff

Une militante s’adresse au public : « La vulnérabilité des prostitué(e)s aux violences et à l’exploitation ne sera pas combattue par des mesures punitives et policières! ».

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Crédit photo : Chat Graff

Aux alentours de 19h, la manifestation se termine dans la bonne humeur.

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Crédit photo : Chat Graff

Découvrez ici la vidéo de la manifestation :

Article griffé par Gros Minet et Le Chat.

Photos : le Matou, Chat Graff et Kitt-Katt

Vidéo : Chat-Cha-Cha

Rencontre avec un recruteur de donateurs

Habillés aux couleurs des associations, les recruteurs de donateurs arpentent les villes de France tout au long de l’année.

Prenant mon courage à deux pattes, je brave la pluie, et c’est les moustaches toutes trempées que je rencontre Julien. Il était encore il y a quelques semaines en mission à Toulouse.

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Crédit photo : ChatGraff

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Julien : « J’ai 35 ans et je suis recruteur de donateurs depuis bientôt 7 ans. J’occupe actuellement le poste de responsable d’équipe. Je travaille principalement à Toulouse. »

En quoi consiste le travail d’un recruteur de donateurs ?

J : « Nous parcourons les rues de France afin de proposer aux passants, face à face, de soutenir une association humanitaire, environnementale ou de santé publique par le biais de dons réguliers. »

Travaillez-vous directement pour ces associations ?

J : « Je travaille pour un prestataire de services qui s’appelle ONG Conseil. Cette entreprise travaille avec de nombreuses associations, telles que Médecins du Monde, la Croix Rouge ou encore Aides. Et bien sûr avec d’autres moins connues du grand public. »

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Ce jour là, Julien travaillait pour Coalition PLUS. Crédit photo : ChatGraff

Est-ce un travail bénévole ?

J : « Nous sommes tous salariés, payés à l’heure. Nous ne sommes donc pas payés au chiffre. C’est un emploi assez difficile et contraignant. Je prends régulièrement des pauses. Je fais ce métier plusieurs mois dans l’année selon les missions que me confie mon employeur. »

Il n’y a donc aucun quota de donateurs à atteindre ?

J : « Il n’y en a pas dans le sens où nous ne touchons pas de commission sur le nombre de signatures recueillies. Bien évidemment, nos équipes représentent un coût pour les associations. Mais notre but est de leur rapporter de l’argent pour permettre la réalisation de leurs actions et missions.

« […] Nous ne touchons pas de commission sur le nombre de signatures recueillies. »

Il n’y a pas de pression, mais nous savons que nous avons un objectif à atteindre pour que l’association rentre le plus rapidement possible dans ses frais.»

Comment sont constituées les équipes de recruteurs ?

J : « Nous sommes entre 5 et 15 recruteurs par équipe. Il y a de tous les âges, par exemple il y a trois mois j’avais dans mon équipe une personne de 65 ans, même si les équipes restent relativement jeunes. Ils sont plus attirés par ce métier. Selon moi, devenir recruteur de donateurs permet à des étudiants de faire un job d’appoint, qui plus est, engagé. Et pour ma part, bien plus intéressant que de servir des burgers dans un fast-food.»

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Crédit photo : ChatGraff

Faut-il un diplôme ou une formation particulière pour exercer le métier de recruteur de donateurs ?

J : « Non, il ne faut pas de diplôme particulier pour exercer ce métier. Nous suivons une formation obligatoire de deux jours lors de chaque début de mission, au sujet de l’objet social de l’association. Il faut tout de même avoir un minimum de culture et de bon sens. »

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

J : « Je suis tombé sur ce métier complètement par hasard : j’ai croisé un recruteur de donateurs qui m’a proposé de faire ce métier. J’ai postulé car je pense que c’est une chance de pouvoir se lever le matin pour défendre une belle cause. Tous les métiers n’offrent pas cette chance. Je continue car je m’épanouis en faisant cela. Je me dis que ma vie et mon travail ont un sens et que grâce aux nouveaux donateurs, la vie d’autres personnes en France comme au bout du monde est améliorée.

« J’ai postulé car je pense que c’est une chance de pouvoir se lever le matin pour défendre une belle cause. »

Je me vois continuer encore longtemps à faire ce métier. Je ne me vois pas partir en mission humanitaire, comme aller par exemple aider directement des personnes victimes d’une catastrophe. Je sais que je n’en ai pas les compétences. Je suis un maillon de la chaîne et cela me convient. »

Rencontrez-vous des difficultés dans votre contact avec les passants ?

J : « Ça fait longtemps maintenant que je fais ce métier, des difficultés c’est sûr il y en a toujours. Je dirais que la plus grande est de susciter l’intérêt des passants dans la rue. Il faut apprendre à gérer les refus, savoir les accepter. »

Faites-vous face à beaucoup de refus ?

J : « Evidemment tous les passants ne s’arrêtent pas. Même parmi les personnes qui acceptent de nous parler, certains ne souhaitent pas soutenir l’association. Ils ont des raisons qui leurs sont propres et nous ne sommes pas là pour les juger. La personne est libre de donner ou de ne pas donner, notre travail est de leur proposer. »

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Crédit photo : ChatGraff

Existe-t-il des techniques pour attirer l’attention des passants ?

J : « Il faut être souriant, dynamique et avenant. Je ne sais pas si c’est réellement une technique. Mais si on traîne la patte, si on ne sourit pas et si on est malpoli, les gens ne s’arrêteront pas… »

Pensez-vous que ce métier soit bien accepté dans l’opinion publique ?

J : « Cela peut être très bien vu comme très mal vu. Il y a des gens qui aiment nous croiser et d’autres qui en ont marre. Ces derniers nous disent souvent qu’ils nous croisent tous les jours… Ce à quoi je leur réponds avec le sourire et humour : « A demain !  » »

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Crédit photo : ChatGraff

L’opinion publique est-elle selon vous sensible aux causes humanitaires?

J : « Heureusement, les passants y sont en général sensibles. Sinon cela ferait longtemps que la collecte de fonds dans la rue aurait été arrêtée. On trouve suffisamment de donateurs pour aider les assocations et c’est tant mieux. »

Vos missions sont-elles bien accueillies à Toulouse ?

J : « De manière générale, les Toulousains sont très avenants. Nous bénéficions d’un très bon accueil et j’ose espérer qu’ils continuent à nous accueillir avec le sourire. Nous nous efforçons d’être respectueux de la ville et de ses habitants, sans chercher à leur forcer la main ou à les culpabiliser. »

Derrière le mur. Rencontre avec le GENEPI


Association reconnue dans le milieu carcéral, le GENEPI ou Groupement Étudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées travaille depuis près de 30 ans auprès des personnes incarcérées. Son travail s’axe également sur la sensibilisation du grand public afin de donner plus d’informations sur ce lieu méconnu qu’est la prison. 

Afin d’en savoir plus, je pars à la rencontre de deux bénévoles du GENEPI Toulouse, Marie Dupeyron et Damien Barbosa. Ils vont me parler de leur association, de leur travail mais également du festival Taul’Art qui se déroulera du lundi 23 au dimanche 29 mars. 

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Crédit photo : Le Matou

Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur vous ? 

Marie : « Je suis en Master 1 de Droit. J’ai intégré le GENEPI par curiosité. Le milieu carcéral est un sujet dont on ne parle pas ou très peu dans la vie courante. Toutefois, on nous parle beaucoup de cette association dans nos études de Droit. J’ai donc voulu découvrir davantage ce qu’était le GENEPI. »

Damien : « Je suis en 3eme année de Droit. Je suis au GENEPI depuis 1 an et demi. Cette année je suis responsable du festival Taul’Art. » 

Pourquoi avoir adhéré au GENEPI ?

M : « Au départ je suis venue pour intervenir en prison. En ce moment je travaille dans la commission qui organise le festival Taul’Art. » 

D : « J’ai rejoint le GENEPI également par curiosité. On est un des rares pays où la population ne connait pas du tout ses propres prisons. Donc lorsque quelque chose m’intéresse mais que je n’y connais rien, je me débrouille pour en savoir un peu plus. » 

Pouvez-vous m’expliquer ce qu’est le GENEPI ? 

M : « C’est une association d’étudiants principalement. On milite pour le décloisonnement de l’activité carcérale. Il y a des interventions en prison avec des ateliers de percussion, de théâtre, revue de presse, danse… » 

« On milite pour le décloisonnement de l’activité carcérale. »

D : « Le GENEPI a été créé en 1976 suite aux grandes mutineries qu’il y a eu dans les prisons au début des années 70. L’idée était d’apaiser les prisons en y envoyant des étudiants pour permettre un lien extérieur. L’autre point phare était de sensibiliser d’éventuels futurs employeurs à la cause des détenus pour qu’ils hésitent moins à les embaucher en fin de peine. On parle ici de réinsertion sociale.

À Toulouse, nous sommes environ 40 adhérents cette année, et une bonne quinzaine réellement impliqués. »

Que revendique le GENEPI ? 

D : « On entend souvent dire que le GENEPI est une association anarchiste, abolitionniste, communiste. C’est faux. Il existe certes des positions, mais qui ne sont pas aussi affirmées que ça. On pense souvent que le GENEPI veut complètement abolir les prisons mais ce n’est pas le cas. Nous voulons pouvoir rentrer et sortir des choses en prison. Des choses comme le savoir ou la connaissance. »

Comment le GENEPI est financé ? 

D : « Essentiellement par des subventions. Il y a également quelques dons, mais c’est plus rare. À Toulouse, c’est le Conseil Général, la ville de Toulouse et les universités qui nous subventionnent. Enfin, les événements que nous organisons, comme le festival Taul’Art, nous aide également à nous financer. » 

Comment se compose le GENEPI, à Toulouse par exemple ? 

D : « Il existe seulement deux salariés de l’association dans toute la France. Tout le reste, ce sont des bénévoles. À Toulouse et partout ailleurs, les équipes s’organisent autour du concept d’éducation populaire. C’est-à-dire, une égalité parfaite entre les bénévoles, sans distinction de diplôme ou autre. Il n’y a pas de chef dans les statuts. Bien sûr certains sont plus impliqués ou ont plus d’expérience, mais cela ne leur donne pas une position supérieure. L’idée est d’avancer tous ensemble dans même sens. Ce n’est pas tout le temps facile à mettre en place, mais dans l’ensemble on fait du bon boulot. » 

« À Toulouse et partout ailleurs, les équipes s’organisent autour du concept d’éducation populaire. »

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Damien Barbosa. Crédit photo : Le Matou

Quelles sont les actions du GENEPI ? 

D : « L’association travaille sur deux grands axes. Tout d’abord, les interventions en milieu carcéral, qui vont passer par la mise en place d’ateliers divers, tels que le théâtre, des ateliers de percussions, de revue de presse ou encore de danse. Mais ça passe aussi par de l’aide scolaire pour les prisonniers désirant passer le bac ou d’autres diplômes. Nous ne sommes pas liés à l’Éducation Nationale, mais nous avons cependant des professeurs qui nous aident à titre personnel dans nos actions.

« Le but c’est de faire parler de la prison. »

Le second axe passe par la sensibilisation du public. Cela prend forme avec les ISP (Intervention et Sensibilisation au Public). Ce sont de petits événements isolés comme par exemple des cinés débats ou de la prévention en milieu scolaire. Le but c’est de faire parler de la prison. Pour moi ce sont ces actions de sensibilisation auprès du grand public qui sont réellement importantes pour faire bouger les choses. Le festival Taul’Art en est un bon exemple. »

Comment fait-on pour adhérer au GENEPI ? 

M : « Sur le papier c’est une association d’étudiants, mais tout le monde peut adhérer au Génépi. Après certaines prisons peuvent être pointilleuses et demander une carte d’étudiant pour pouvoir intervenir dans leur locaux mais c’est assez rare. » 

D : « Beaucoup de personnes adhèrent pour intervenir en prison. Avant cela on fait passer une petite formation aux nouveau adhérents. C’est surtout une transmission de connaissance et d’expérience des anciens envers les nouveaux. Comment s’habiller ? Peut-on mettre du parfum ? Ce sont surtout des mises en situation pour préparer au mieux l’intervention. » 

Une personne avec un casier judiciaire peut elle adhérer au GENEPI? 

D : « Elle peut adhérer mais elle ne pourra pas intervenir dans le milieu carcéral. Les prisons contrôlent les casiers judiciaires des intervenants du GENEPI et n’acceptent pas que d’anciens détenus interviennent. »

Dans quels lieux intervenez vous ? 

D : « A Toulouse, nous intervenons dans la Maison d’Arrêt de Seysses, le centre de détention de Muret et le centre de détention de Saint Sulpice. Si tout se passe bien l’année prochaine nous interviendrons également dans l’établissement pénitencier pour mineurs de Lavaur. »

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ? 

D : « On a eu quelques problèmes cette année. C’est à la maison d’arrêt de Seysses que la majorité de nos actions se déroulaient. Jusqu’à présent on ne nous avait jamais mis de bâtons dans les roues tant que nous respections les conventions mises en place. Toutefois, cette année nous avons eu quelques problèmes avec cette prison qui n’était pas d’accord avec deux de nos ateliers. C’était des ateliers de débats, d’expression et de réflexion. L’administration pénitentiaire a jugé que suite à ces ateliers les personnes incarcérées pouvaient avoir une vision erronée de la prison. Pourtant, on voulait seulement débattre de l’actualité. On ne nous a pas mis en cause, mais on a mis en cause les détenus. On a donc saisi la direction inter-générale des services pénitentiaires pour faire évoluer le dossier qui nous ont débouté à leur tour. Du coup nous avons décidé, après un vote interne au GENEPI, d’annuler tous les ateliers que nous avions à Seysses. Ce qui représente presque la moitié de nos interventions à Toulouse. Cela aurait été un pas en arrière de se soumettre à la décision de la maison d’arrêt de Seysses. C’est une décision forte et difficile à prendre, car nous savons qu’il y a des détenus qui attendent les actions du GENEPI. Il n’y avait pas de bonne décision. » 

M : « Cela vient aussi du fait que cette année on nous a refusé toutes nos interventions auprès du quartier des femmes en nous prétextant qu’elles étaient trop occupées. On ne peut pas le prouver mais l’année dernière les femmes détenues n’avaient accès qu’à un seul atelier. C’est quand même bizarre. » 

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Marie Dupeyron. Crédit photo : Le Matou

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos actions en milieux scolaire ? 

« […] La prison reste un sujet assez tabou et certaines écoles sont assez réticentes pour nous accueillir. »

D : « C’est dans le cadre des ISP (intervention et sensibilisation du public). C’est un classique du GENEPI d’aller dans les écoles. On essaye, par exemple, d’aller dans des classes de lycées pour parler du sujet de la prison avec les jeunes étudiants. Après la prison reste un sujet assez tabou et certaines écoles sont assez réticentes pour nous accueillir. Ça bloque surtout au niveau de l’administration je pense, car beaucoup de professeur sont sensibles à ce sujet. Malheureusement, ça n’a pas pu se faire cette année faute d’organisation. » 

Je veux maintenant en savoir plus sur le festival Taul’Art organisé par le GENEPI qui aura lieu cette semaine du lundi 23 au dimanche 29 mars.

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Festival Taul’Art. Crédit photo : Le Matou

Pouvez-vous m’en dire plus sur le festival Taul’Art ? 

D : « Le festival Taul’Art est un festival que le GENEPI organise à Toulouse pour la onzième année consécutive. Il a pour but de sensibiliser la population toulousaine aux réalités du milieu carcéral par le biais d’événements divers organisés dans des lieux variés. On veut vraiment occuper l’espace pendant toute une semaine pour atteindre le plus de gens possibles et tenter de casser les clichés que l’on entend à longueur de temps au sujet des prisons et de leurs occupants. » 

Quelles sont les particularités du festival cette année ? 

D : « Cette année nous avons choisi d’aborder une thématique assez particulière. On a essayé de représenter tout le cursus carcéral. Le pourquoi on va en prison jusqu’à la réinsertion future et tout ce qu’il y a entre les deux. On ne veut pas forcément que le festival soit « ludique », mais on veut pouvoir parler de ce sujet de manière détendue et informative. C’est pour cela que nous n’avons pas mis en place que des conférences ou des débats, mais aussi des concerts, des projections ou des expositions. » 

Quels seront les événements phares du festival ? 

D : « Toute la programmation est super ! Il y aura une « Conférence gesticulée », deux Ciné-débat, deux débat-concert, une soirée Slam et une représentation Théâtrale. On a aussi la reconstitution d’une cellule et une kermesse carcérale. La représentation théâtrale est un gros challenge puisque nous allons essayer de faire participer le public. Les personnes présentes ne feront pas qu’écouter. Elles participeront physiquement à la représentation. Ce sera très intéressant. » 

Où pourra-t-on trouver le festival Taul’Art ? 

D : « Un petit peu partout dans le centre-ville de Toulouse. Dans le café associatif du Caméléon à Saint Cyprien, à la Chapelle à côté de Compans Caffareli, dans les locaux de l’Espace des Diversités et de la Laïcité à François Verdier, au bar culturel Le Bohème, au théâtre du Fil à Plomb, mais aussi dans la rue, notamment à côté de la station de métro Jean Jaurès ou sur les allées Alsace Lorraine. » 

Un petit mot pour la fin ? 

M : « Nous invitons toutes les personnes désireuses d’en savoir plus de venir au festival Taul’Art. Le débat et les avancées ne peuvent se faire qu’avec un échange de point de vue différents. Ce sont les principales cibles du festival Taul’Art. » 

Article griffé par Le Chat

Rassemblement commémoratif à Toulouse suite à un acte criminel en Afghanistan

Afghanistan, 2015.

Farkhunda, une femme atteinte de problèmes mentaux, se rend dans un supermarché et y brûle prétendument un Coran. Un véritable mouvement de foule se produit alors et de nombreuses personnes s’en prennent très violemment à elle. L’orgie de violence ne prend fin qu’avec l’immolation de la jeune femme. C’est la première fois qu’un événement de cette ampleur survient en Afghanistan.

En cette veille de week-end, vendredi 20 mars, un rassemblement commémoratif a eu lieu à Toulouse, place du Capitole, à l’initiative d’étudiants pour la plupart d’origine afghane.

Lors de cet événement, j’ai pu rencontrer 3 étudiants afghans. Récit.

Mirsayed Saeedy

Mirsayed Saeedy

Pouvez-vous vous présenter?

Navid Rahimi: « Je suis étudiant bachelor dans une école privée en anglais. »

Mirsayed Saeedy : « Je suis étudiant en master de droit international à l’université Toulouse Capitole. »

Sulaiman Mayadi : « Je viens d’Afghanistan, étudiant en master relations internationales. »

Pourquoi êtes-vous ici ce soir ?

Navid : « Nous voulons affirmer haut et fort que ce qui vient de se passer en Afghanistan est inhumain. Nous voulons stopper ça.

Nous sommes donc ici pour cette femme, qui a des problèmes mentaux depuis 16 ans. Elle est rentrée dans un centre commercial et y aurait détruit un coran. Lorsqu’elle est sortie, des gens ont commencé à la battre et ont fini par la brûler vive.

Du point de vue à la fois de la religion musulmane et du respect de la vie humaine c’est intolérable. Aucun gouvernement, aucune force de police n’a le droit de laisser faire ça. C’était à eux de la juger pour ses actes, et non pas aux gens de faire justice par eux-mêmes. 

Ce qu’on veut dire aujourd’hui, c’est que l’humanité est une, sans distinction de couleur ou de religion. Une personne qui ressent la douleur la ressentira comme tout être humain. Nous sommes tous égaux! »

Mirsayed, Navid, un partisan et Sulaiman

Mirsayed, Navid, un sympathisant et Sulaiman

La police était-elle présente pendant le déroulement de ce lynchage public?

Navid : « La police était présente mais elle n’a pas réussi à contrôler les gens. Les policiers ont tenté de les arrêter, bien que trop mollement selon nous. C’est la première fois qu’un événement aussi barbare arrive en Afghanistan. Le lynchage a duré plus de deux heures. »

Selon vous, qu’est-ce qui a pu motiver cet acte ?

Navid : « La connaissance et l’éducation ne sont pas d’un niveau suffisamment élevé en Afghanistan. C’est le réel problème. Les gens ne pensent pas trop à réfléchir avant d’agir. J’y pense beaucoup, ça m’empêche de dormir. Comment des gens peuvent-ils être aussi cruels et faire justice eux-mêmes comme cela ? Pourquoi ne font-ils pas la différence entre le droit de l’islam et le droit humain? »

Mirsayed : « Pour moi cet acte est le résultat de la prédominance de la religion en Afghanistan. Le pouvoir religieux, c’est pire que tout. C’est grave de voir dans une nation démocratique une si grande mobilisation religieuse, qui n’a aucun respect pour la vie et la dignité humaines. La religion est tellement puissante, et est tellement répandue dans les moeurs, que les personnes présentes sur place regardaient la scène sans réagir. »

Sulaiman : « Les gens ne bénéficient pas d’une bonne éducation, ni scolaire, ni religieuse. Le gouvernement n’a pas les compétences pour arranger cela. Il devrait s’en donner les moyens, et doit améliorer ses forces de police pour garantir la sécurité de son peuple.

Navid Rahimi

Navid Rahimi

Ici, ce soir, nous demandons que le gouvernement Afghan prenne soin de son peuple. On ne veut pas que les gens qui ont commis cet acte barbare puissent s’en sortir sans conséquence. C’est au gouvernement de juger et de punir les gens et pas aux gens de faire justice eux-mêmes. Pour moi, les gens qui ont commis cet acte ne méritent plus la dénomination d’êtres humains.

Nous voulons montrer à mon peuple et au monde que nous sommes avec eux dans la tristesse. Nous voulons envoyer un message à mon gouvernement. Nous réclamons justice. Quiconque est lié à ce crime inhumain doit être jugé devant un tribunal. »

Qui sont les coupables?

Mirsayed: « On ne sait pas vraiment mais j’accuse surtout le pays et l’histoire du pays. Nous avons eu beaucoup de guerres. Les partis extrémistes ont pris le pouvoir trop longtemps. A cause de ces guerres, il y a un réel manque d’éducation qui pèse encore cruellement aujourd’hui. Le gouvernement n’avait pas les moyens de mettre en place cette éducation. Et c’est très dur de gouverner un pays avec des gens incultes. »

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Farkhunda, victime de la colère de la foule

Comment a réagi l’opinion publique en Afghanistan ?

Sulaiman : « Certains réagissent et condamnent ce meurtre mais c’est une minorité. Les gens soutenant ceux qui ont tué cette femme sont une majorité. Je pense que ceux qui condamnent ce crime ont peur de parler de manière trop affirmée, car leur vie serait alors extrêmement en danger. »

Y aura-t-il d’autres actions faisant écho à celle-ci ?

Mirsayed : « Oui je pense sincèrement que les gens vont se mobiliser. Les journaux commencent à en parler beaucoup. Le président de l’Afghanistan, Ashraf Ghani, va se déplacer prochainement à la maison blanche à Washington. J’espère que de nombreuses personnes iront manifester afin de l’interpeller sur la situation. »

Propos recueillis par Le Matou

Au-delà du genre : Rencontre avec Florence, Elysa et Lise

La  commission trans a été créée au sein de l’association Arc en Ciel à Toulouse il y a plus de 5 ans. Son but: informer, aider et donner de la visibilité aux personnes Trans.

Afin d’en savoir plus à ce sujet,  je suis parti à la rencontre de Florence Bertocchio, militante au sein d’Arc en Ciel et de Lise et Elysa. Toutes trois Trans.

Dans un premier temps je rencontre Florence Bertocchio, 55 ans, ingénieur, militante et bénévole au sein d’Arc en Ciel depuis 6 ans.

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Florence Bertocchio. Crédit photo Chat Graff

Pouvez-vous nous en dire en plus sur l’association Arc en Ciel et sa commission trans ?

« Le but premier est d’informer les personnes trans, car beaucoup d’entre elles sont en détresse et en demande d’informations. »

F.B :  » Arc en Ciel est la principale ressource LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans) en Midi Pyrénées. Elle est située à Toulouse et regroupe 25 associations au sein desquelles évoluent environ 500 bénévoles. Son but est de rompre l’isolement moral et social des personnes LGBT.

La commission trans a été créée au sein d’Arc en Ciel  il y a environ 5 ans. Le but premier est d’informer les personnes trans, car beaucoup d’entre elles sont en détresse et en demande d’informations. La commission assure également leur visibilité. Ce point est primordial car l’image des trans dans les médias est très caricaturale, et même souvent mauvaise. La plupart des gens ne sont pas conscients que les personnes transgenre existent réellement dans la société. »

Qu’est ce qu’une personne transgenre ?

F.B : « Un de mes buts est que l’on n’ait plus besoin de l’expliquer.  Les personnes trans sont nées biologiquement mâles ou femelles. Aucun doute là-dessus. Mais ces personnes se sentent  assignées à un sexe qui n’est pas celui qu’elles ressentent. Par exemple, elles sont nées garçons mais se sentent filles ou vice versa. »

Quand avez-vous décidé de changer de sexe ?

F.B : « Dans la nuit du 22 au 23 mai 2008. J’ai gardé ce secret en moi pendant 49 ans. A force de me heurter à mes murs intérieurs, j’ai ressenti le besoin de parler. J’ai fini par prendre des contacts sur internet. Cette nuit là, j’ai rencontré une personne comme moi, ingénieur, père de famille et qui elle aussi était mariée. Toutes les choses qui me semblaient impossibles sont devenues possibles avec cette rencontre. 

« A force de me heurter à mes murs intérieurs, j’ai ressenti le besoin de parler. »

Une barrière en moi s’est effondrée. J’ai compris que je m’interdisais quelque chose, notamment à cause des préjugés que j’avais rencontrés durant mon parcours. Je fais partie d’une génération qui a incorporé ces préjugés et qui a fini par s’interdire des choses. Mais on ne peut pas vivre en étant une autre personne que celle que l’on est réellement. »

Quelles ont été les étapes de votre changement de sexe ?

F.B : « J’ai commencé ma transition dans ma tête en mai 2008, mon traitement hormonal en octobre 2008, et j’ai été opérée en avril 2010. On dit souvent que changer de sexe est un parcours du combattant , mais ce n’est  pas forcément vrai. Nous ne sommes pas obligés de prendre des hormones ou encore d’être opérés pour changer de sexe. Certaines filles trans conservent leur attribut masculin, il faut laisser le choix aux personnes.

« La plupart des personnes qui sont en transition vous disent qu’elle ne cessera qu’à leur mort. »

Il n’y a pas de procédure officielle, c’est très important pour nous de le souligner. Il n’y a par exemple aucune loi qui interdit de se dire « il » ou « elle » à sa convenance, ni une interdiction qui empêche de changer de sexe. La plupart des personnes qui sont en transition vous disent qu’elle ne cessera qu’à leur mort. On n’en voit pas la fin, jamais. »

Quelles sont les exigences de la loi pour reconnaître un changement de sexe ?

F.B : « Il existe un dispositif légal pour changer de genre mais cela fonctionne très mal. Dans certaines juridictions, on peut changer d’état civil très rapidement alors que dans d’autres c’est très difficile voire impossible. Cela vient du fait que les textes actuels ne sont pas transparents. Ils définissent des conditions nécessaires qui ne sont pas vérifiables, impossibles à trancher. Par exemple, il faut s’être rapproché dans son apparence et dans son comportement social au sexe opposé. Mais la loi ne définit pas, nulle part, ce qu’est un homme ou une femme. De par ce manque de définition, les réponses des juges sont complètement aléatoires. Il faut passer à des conditions claires et vérifiables, sinon on restera à la merci de l’opinion personnelle d’un juge ou d’un procureur.

Parce que la jurisprudence dit que le changement doit être irréversible, on demande souvent de présenter un document attestant d’une ovariectomie ou hystérectomie. Cela crée des situations monstrueuses. J’ai eu vent d’une équipe médicale en France qui aurait exigé d’un garçon trans qu’il ferme son vagin. C’est de la mutilation et complètement contraire aux droits humains.

« Pour l’instant, l’OMS qualifie toujours la transsexualité de trouble mental. »

Il y a aussi des obligations médicales, par exemple l’obligation d’un diagnostic psychiatrique et la prise d’un traitement hormonal.

Pour l’instant, l’OMS qualifie toujours la transsexualité de trouble mental. L’homosexualité  a longtemps été considérée de même, il y a encore 23 ans ! J’ai l’habitude de dire, soyons patients ! Le fait qu’elle ait été déclassée prouve qu’en réalité elle n’a jamais été une maladie mentale. Après, ce jugement de l’OMS n’empêche heureusement pas un pays quelconque d’être permissif sur les droits des trans. »

Quelles sont les revendications des personnes trans ? 

F.B : « Nous souhaitons obtenir un changement d’état civil libre et gratuit. Le mien m’a coûté 1600€, et j’ai eu un bon prix. Nous souhaitons également que celui-ci soit sans conditions médicales ou intervention d’un juge. Chaque personne devrait pouvoir suivre son parcours le plus librement possible, sans contraintes. On vit dans un pays où avoir des papiers a du sens. Pour se marier, pour payer, pour étudier, pour voter, pour un contrôle d’identité…

« Nous souhaitons obtenir un changement d’état civil libre et gratuit. »

Ensuite nous revendiquons la prise en charge par la sécurité sociale des opérations effectuées à l’étranger, notamment car les équipes médicales françaises ne sont pas au niveau d’autres pays. Elles négligent par exemple les zones érogènes et donc le plaisir lors des vaginoplasties. En fait il n’y a pas de spécialistes dans les hôpitaux français concernant les opérations de changement de sexe.

La société civile pose vraiment assez peu de problèmes, je connais même certaines personnes qui n’ont pas connu de ruptures au sein de leurs familles et proches. Même si parfois on rencontre des difficultés cruelles liées à nos proches, ce n’est pas toujours le cas. On peut conserver son emploi, et heureusement ! Ce qui nous manque vraiment donc, c’est ce cadre légal. Les politiques sont en retard sur la société civile.

« Il y a trop de trans qui ont été cassés dans leur transition par des tiers […] »

Il existe un fantasme chez les politiques, les médecins, qui nous laissent croire que si la société était permissive sur le changement de sexe, il y aurait un mouvement d’amplification. Dans un sens ils n’ont pas tort, tous les trans vivant dans le placard en sortiraient. Mais c’est une bonne chose, car on y meurt, dans ce placard. On sait l’horreur que c’est. C’est un véritable gâchis humain que d’y rester. Il y a plein de jeunes trans qui pourraient faire plein de choses merveilleuses de leurs vies, pour leur bonheur et pour l’utilité de la société mais qui resteront dans l’incapacité de réaliser quoi que ce soit. Car ils ne peuvent être eux-même. Il y a trop de trans qui ont été cassés dans leur transition par des tiers, via des opérations mal faites par négligence par exemple. On a moins de mal à franchir le pas si on se connaît, et si on connaît l’autre. Nous voulons faire tomber les barrières. »

Afin de mieux comprendre ce que vivent les trans durant leur changement de sexe, je rencontre Lise et Elysa. Toutes deux se sentent femmes, nées dans des corps d’hommes.

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Elysa (à droite) et Lise (à gauche). Crédit photo ChatGraff

Pouvez-vous vous présenter ?

Elisa : « Je m’appelle Elysa, j’ai 30 ans. J’ai commencé ma transition pour changer de sexe  en novembre 2014. Cela fait 5 mois que je suis sous traitement hormonal et trois mois que je fais de l’orthophonie pour changer ma voix. « 

Lise : « Je m’appelle Cyril, c’est mon identité masculine. J’ai 31 ans, je suis marié depuis 3 ans et j’ai une petite fille de un an et demi. Je suis né garçon, et j’ai décidé de devenir femme, de devenir Lise. »

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Crédit photo ChatGraff

Pourquoi avoir décidé de changer de sexe ?

E : « Ce n’est pas un choix, c’est une révélation. Je savais que j’étais différente, mais je ne savais pas ce que j’étais. Pendant longtemps j’ai préféré me cacher, me mentir à moi-même… Au fond de moi j’ai toujours été une femme, mais j’ai mis du temps pour l’accepter. On appelle cela dysphorie de genre (ou âme de femme dans un corps d’homme et inversement). »

« Je n’en pouvais plus de me haïr moi-même, de faire du mal autour de moi. »

L : « Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie différente. Petite j’en parlais déjà à ma mère et ma grand-mère. Je ne me sentais pas à ma place…  Étant donné qu’il  n’y a pas beaucoup de communication sur ce sujet dans les médias ou autre, on en arrive à penser que l’on est seul, fou, que l’on a un problème. J’ai décidé de lancer le processus de changement de sexe y a plus de 6 mois. Je n’en pouvais plus de me haïr moi-même, de faire du mal autour de moi. Il y a un moment où il faut agir. Je suis allé voir un psy, en sachant très bien ce qu’il allait me dire, mais j’avais besoin de l’entendre dire.

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Crédit photo ChatGraff

Comment se déroule la période de transition ?

E :  » Il n’y a pas d’étapes prédéfinies comme il n’y a pas de parcours prédéfini. Il est différent pour chacun. Mais on peut dire quand même que, en général, une visite chez le dermatologue pour une épilation faciale est un bon début. Vient ensuite le traitement hormonal, généralement considéré comme le fil conducteur de la transition. C’est ce traitement là qui modifie le corps, fait pousser les seins, affine le visage… Il y a un changement notable à 4 mois, 6 mois et un an et demi. Les plus gros changements physiques se font vers 8-12 mois. La vaginoplastie se fait en moyenne après 1 an et demi.  Enfin, un psy doit nous certifier que nous sommes atteints du syndrome de Benjamin, nous permettant ainsi  d’être couverts pour la plupart des consultations et opérations. »

« Quand on vous dit « madame » dans la rue, c’est que c’est bon, c’est l’aboutissement. »

L :  » On aimerait bien mettre une date, une échéance, mais c’est compliqué. La transition  prend fin lorsqu’on s’accepte soi même, et lorsqu’on est reconnus. Quand on vous dit « madame » dans la rue, c’est que c’est bon, c’est l’aboutissement. Il faut savoir que la période de transition c’est beaucoup de changements physiques, un peu comme la puberté. Je me sentirais bien lorsqu’on ne me verra plus comme un homme, ni comme un trans, mais bien comme une femme. »

Ces traitement hormonaux comportent-ils des risques ? 

E :  » Les plus gros risques concernent les prises d’hormones, et les inhibiteurs de testostérone qui rendent stérile. Pour certains trans, ce sont ces traitements qui nous transforment le plus en femme. Le mal-être est tellement profond que certains sont prêts à tout pour changer de sexe, quitte à devenir stériles. Il y a une possibilité de conserver ses gamètes avant la prise du traitement hormonal, mais pour ma part cela occasionnait trop de frais à ma charge. »

« Comme avec tous les traitements médicamenteux, oui, il y a des risques. »

L : «  Je prends des anti androgènes, qui bloquent la testostérone dans le corps. Je prends également des hormones féminines afin de pousser le corps à développer une apparence féminine. Comme avec tous les traitements médicamenteux, oui, il y a des risques. Il y a des effets secondaires, l’anti androgène peut avoir des effets néfastes sur le foie. On a des risques pour les reins et un risque d’AVC plus important. 

L’anti androgène stoppe toute production de spermatozoïdes et empêche les érections. Il faut savoir que pour changer d’état civil, en France, il faut souvent être stérilisé. Avoir subi des modifications définitives et irréversibles. Certains juges demandent donc la stérilisation. »

Vos proches acceptent ils votre changement de sexe ? 

E : « C’est très dur pour eux. J’ai eu la chance que ma mère m’accepte, elle a même été heureuse pour moi que je sache enfin qui j’étais…  Mon père a encore du mal, il me voit comme son garçon, on ne peut pas encore aborder le sujet ensemble. » 

L :  » Dans l’ensemble ils ont mal réagi. Ma femme, elle n’a pas été surprise car je me travestissais parfois. La conclusion du psychiatre lui a semblé aussi évidente qu’à moi. Concernant mes amis,  les plus proches ont ressenti le mal-être que je portais en moi et ont accepté ma décision. Dans mon travail, j’ai été soutenue par ma hiérarchie. J’ai été chanceuse.

« Mon père […] a débarqué chez moi, et j’ai passé 3 heures à me faire insulter. »

Mon père lui, l’a mal pris. J’ai dû lui écrire une lettre pour lui avouer. Un jour, il a débarqué chez moi, et j’ai passé 3 heures à me faire insulter. Comme quoi j’avais tué son fils. Il a coupé tout lien avec moi. Ce qui m’a fait le plus mal, c’est qu’il m’a dit qu’il aurait plus d’affection pour un inconnu dans la rue que pour moi. Mais il fallait  que je fasse le nécessaire pour me sentir bien et arrêter de faire du mal à mes proches. »

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Crédit photo ChatGraff

Vous sentez-vous acceptées par l’opinion publique ?

E: «  Non, car les personnes trans se cachent. Elles sont obligées par exemple  de se faire passer pour de vraies femmes. Heureusement, on a de la chance que certaines stars ou personnalités publiques se soient revendiquées trans. C’est une bonne chose car on souffre trop de mauvaises réputations. »

L :  » Pour la masse, les transgenre sont des prostituées, des droguées. Les gens imaginent qu’on est des travelos, ce qui n’a rien à voir. Les gens ne savent pas qu’ils en croisent tous les jours dans la rue. Je pense que les gens ont cette image déformée à cause des médias. »

Bénéficiez-vous de l’aide de certaines associations ? 

L : « L’association Arc en Ciel. Elle nous fait un bien fou, car on peut y rencontrer d’autres trans en fin de parcours, ce qui donne beaucoup d’espoir pour le futur. Et cela fait tout simplement du bien de pouvoir parler.  Mais ça reste très difficile de rencontrer des personnes trans qui ont achevé leur transition. Pour moi, une trans n’est trans que le temps de sa transition. Une fois cette transition terminée, elle est femme. Et je pense que la transition est tellement dure, tellement difficile à vivre, tant socialement que physiquement, que beaucoup d’entre nous s’éloignent des trans une fois celle-ci achevée. »

E :  » Il y a un soutien d’Amnesty International, qui prend en compte les droits des personnes LGBT à travers le monde. Ils participent souvent à des actions et ont récemment écrit un rapport sur la situation des personnes trans. « 

Que souhaitez-vous pour le futur des personnes trans ?

« Les trans sont des êtres comme tout le monde. Des hommes et des femmes à part entière. »

E : «  On devrait  pouvoir commencer notre transition à 15 ans, ou un peu avant la puberté. Car celle-ci peut tuer une vie. Quant on grimpe à 1m90 et qu’on chausse du 45, on ne peut pas revenir en arrière.

Les trans sont des êtres comme tout le monde. Des hommes et des femmes à part entière. On aimerait que le gouvernement nous prenne plus en considération.« 

L : « Je souhaite que l’on soit plus acceptés dans la société, que l’on nous reconnaisse et qu’on nous comprenne. J’aimerai que les trans ne soient plus vus comme des monstres de foire. »

Article griffé par Le Chat.