Derrière le mur. Rencontre avec le GENEPI


Association reconnue dans le milieu carcéral, le GENEPI ou Groupement Étudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées travaille depuis près de 30 ans auprès des personnes incarcérées. Son travail s’axe également sur la sensibilisation du grand public afin de donner plus d’informations sur ce lieu méconnu qu’est la prison. 

Afin d’en savoir plus, je pars à la rencontre de deux bénévoles du GENEPI Toulouse, Marie Dupeyron et Damien Barbosa. Ils vont me parler de leur association, de leur travail mais également du festival Taul’Art qui se déroulera du lundi 23 au dimanche 29 mars. 

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Crédit photo : Le Matou

Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur vous ? 

Marie : « Je suis en Master 1 de Droit. J’ai intégré le GENEPI par curiosité. Le milieu carcéral est un sujet dont on ne parle pas ou très peu dans la vie courante. Toutefois, on nous parle beaucoup de cette association dans nos études de Droit. J’ai donc voulu découvrir davantage ce qu’était le GENEPI. »

Damien : « Je suis en 3eme année de Droit. Je suis au GENEPI depuis 1 an et demi. Cette année je suis responsable du festival Taul’Art. » 

Pourquoi avoir adhéré au GENEPI ?

M : « Au départ je suis venue pour intervenir en prison. En ce moment je travaille dans la commission qui organise le festival Taul’Art. » 

D : « J’ai rejoint le GENEPI également par curiosité. On est un des rares pays où la population ne connait pas du tout ses propres prisons. Donc lorsque quelque chose m’intéresse mais que je n’y connais rien, je me débrouille pour en savoir un peu plus. » 

Pouvez-vous m’expliquer ce qu’est le GENEPI ? 

M : « C’est une association d’étudiants principalement. On milite pour le décloisonnement de l’activité carcérale. Il y a des interventions en prison avec des ateliers de percussion, de théâtre, revue de presse, danse… » 

« On milite pour le décloisonnement de l’activité carcérale. »

D : « Le GENEPI a été créé en 1976 suite aux grandes mutineries qu’il y a eu dans les prisons au début des années 70. L’idée était d’apaiser les prisons en y envoyant des étudiants pour permettre un lien extérieur. L’autre point phare était de sensibiliser d’éventuels futurs employeurs à la cause des détenus pour qu’ils hésitent moins à les embaucher en fin de peine. On parle ici de réinsertion sociale.

À Toulouse, nous sommes environ 40 adhérents cette année, et une bonne quinzaine réellement impliqués. »

Que revendique le GENEPI ? 

D : « On entend souvent dire que le GENEPI est une association anarchiste, abolitionniste, communiste. C’est faux. Il existe certes des positions, mais qui ne sont pas aussi affirmées que ça. On pense souvent que le GENEPI veut complètement abolir les prisons mais ce n’est pas le cas. Nous voulons pouvoir rentrer et sortir des choses en prison. Des choses comme le savoir ou la connaissance. »

Comment le GENEPI est financé ? 

D : « Essentiellement par des subventions. Il y a également quelques dons, mais c’est plus rare. À Toulouse, c’est le Conseil Général, la ville de Toulouse et les universités qui nous subventionnent. Enfin, les événements que nous organisons, comme le festival Taul’Art, nous aide également à nous financer. » 

Comment se compose le GENEPI, à Toulouse par exemple ? 

D : « Il existe seulement deux salariés de l’association dans toute la France. Tout le reste, ce sont des bénévoles. À Toulouse et partout ailleurs, les équipes s’organisent autour du concept d’éducation populaire. C’est-à-dire, une égalité parfaite entre les bénévoles, sans distinction de diplôme ou autre. Il n’y a pas de chef dans les statuts. Bien sûr certains sont plus impliqués ou ont plus d’expérience, mais cela ne leur donne pas une position supérieure. L’idée est d’avancer tous ensemble dans même sens. Ce n’est pas tout le temps facile à mettre en place, mais dans l’ensemble on fait du bon boulot. » 

« À Toulouse et partout ailleurs, les équipes s’organisent autour du concept d’éducation populaire. »

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Damien Barbosa. Crédit photo : Le Matou

Quelles sont les actions du GENEPI ? 

D : « L’association travaille sur deux grands axes. Tout d’abord, les interventions en milieu carcéral, qui vont passer par la mise en place d’ateliers divers, tels que le théâtre, des ateliers de percussions, de revue de presse ou encore de danse. Mais ça passe aussi par de l’aide scolaire pour les prisonniers désirant passer le bac ou d’autres diplômes. Nous ne sommes pas liés à l’Éducation Nationale, mais nous avons cependant des professeurs qui nous aident à titre personnel dans nos actions.

« Le but c’est de faire parler de la prison. »

Le second axe passe par la sensibilisation du public. Cela prend forme avec les ISP (Intervention et Sensibilisation au Public). Ce sont de petits événements isolés comme par exemple des cinés débats ou de la prévention en milieu scolaire. Le but c’est de faire parler de la prison. Pour moi ce sont ces actions de sensibilisation auprès du grand public qui sont réellement importantes pour faire bouger les choses. Le festival Taul’Art en est un bon exemple. »

Comment fait-on pour adhérer au GENEPI ? 

M : « Sur le papier c’est une association d’étudiants, mais tout le monde peut adhérer au Génépi. Après certaines prisons peuvent être pointilleuses et demander une carte d’étudiant pour pouvoir intervenir dans leur locaux mais c’est assez rare. » 

D : « Beaucoup de personnes adhèrent pour intervenir en prison. Avant cela on fait passer une petite formation aux nouveau adhérents. C’est surtout une transmission de connaissance et d’expérience des anciens envers les nouveaux. Comment s’habiller ? Peut-on mettre du parfum ? Ce sont surtout des mises en situation pour préparer au mieux l’intervention. » 

Une personne avec un casier judiciaire peut elle adhérer au GENEPI? 

D : « Elle peut adhérer mais elle ne pourra pas intervenir dans le milieu carcéral. Les prisons contrôlent les casiers judiciaires des intervenants du GENEPI et n’acceptent pas que d’anciens détenus interviennent. »

Dans quels lieux intervenez vous ? 

D : « A Toulouse, nous intervenons dans la Maison d’Arrêt de Seysses, le centre de détention de Muret et le centre de détention de Saint Sulpice. Si tout se passe bien l’année prochaine nous interviendrons également dans l’établissement pénitencier pour mineurs de Lavaur. »

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ? 

D : « On a eu quelques problèmes cette année. C’est à la maison d’arrêt de Seysses que la majorité de nos actions se déroulaient. Jusqu’à présent on ne nous avait jamais mis de bâtons dans les roues tant que nous respections les conventions mises en place. Toutefois, cette année nous avons eu quelques problèmes avec cette prison qui n’était pas d’accord avec deux de nos ateliers. C’était des ateliers de débats, d’expression et de réflexion. L’administration pénitentiaire a jugé que suite à ces ateliers les personnes incarcérées pouvaient avoir une vision erronée de la prison. Pourtant, on voulait seulement débattre de l’actualité. On ne nous a pas mis en cause, mais on a mis en cause les détenus. On a donc saisi la direction inter-générale des services pénitentiaires pour faire évoluer le dossier qui nous ont débouté à leur tour. Du coup nous avons décidé, après un vote interne au GENEPI, d’annuler tous les ateliers que nous avions à Seysses. Ce qui représente presque la moitié de nos interventions à Toulouse. Cela aurait été un pas en arrière de se soumettre à la décision de la maison d’arrêt de Seysses. C’est une décision forte et difficile à prendre, car nous savons qu’il y a des détenus qui attendent les actions du GENEPI. Il n’y avait pas de bonne décision. » 

M : « Cela vient aussi du fait que cette année on nous a refusé toutes nos interventions auprès du quartier des femmes en nous prétextant qu’elles étaient trop occupées. On ne peut pas le prouver mais l’année dernière les femmes détenues n’avaient accès qu’à un seul atelier. C’est quand même bizarre. » 

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Marie Dupeyron. Crédit photo : Le Matou

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos actions en milieux scolaire ? 

« […] La prison reste un sujet assez tabou et certaines écoles sont assez réticentes pour nous accueillir. »

D : « C’est dans le cadre des ISP (intervention et sensibilisation du public). C’est un classique du GENEPI d’aller dans les écoles. On essaye, par exemple, d’aller dans des classes de lycées pour parler du sujet de la prison avec les jeunes étudiants. Après la prison reste un sujet assez tabou et certaines écoles sont assez réticentes pour nous accueillir. Ça bloque surtout au niveau de l’administration je pense, car beaucoup de professeur sont sensibles à ce sujet. Malheureusement, ça n’a pas pu se faire cette année faute d’organisation. » 

Je veux maintenant en savoir plus sur le festival Taul’Art organisé par le GENEPI qui aura lieu cette semaine du lundi 23 au dimanche 29 mars.

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Festival Taul’Art. Crédit photo : Le Matou

Pouvez-vous m’en dire plus sur le festival Taul’Art ? 

D : « Le festival Taul’Art est un festival que le GENEPI organise à Toulouse pour la onzième année consécutive. Il a pour but de sensibiliser la population toulousaine aux réalités du milieu carcéral par le biais d’événements divers organisés dans des lieux variés. On veut vraiment occuper l’espace pendant toute une semaine pour atteindre le plus de gens possibles et tenter de casser les clichés que l’on entend à longueur de temps au sujet des prisons et de leurs occupants. » 

Quelles sont les particularités du festival cette année ? 

D : « Cette année nous avons choisi d’aborder une thématique assez particulière. On a essayé de représenter tout le cursus carcéral. Le pourquoi on va en prison jusqu’à la réinsertion future et tout ce qu’il y a entre les deux. On ne veut pas forcément que le festival soit « ludique », mais on veut pouvoir parler de ce sujet de manière détendue et informative. C’est pour cela que nous n’avons pas mis en place que des conférences ou des débats, mais aussi des concerts, des projections ou des expositions. » 

Quels seront les événements phares du festival ? 

D : « Toute la programmation est super ! Il y aura une « Conférence gesticulée », deux Ciné-débat, deux débat-concert, une soirée Slam et une représentation Théâtrale. On a aussi la reconstitution d’une cellule et une kermesse carcérale. La représentation théâtrale est un gros challenge puisque nous allons essayer de faire participer le public. Les personnes présentes ne feront pas qu’écouter. Elles participeront physiquement à la représentation. Ce sera très intéressant. » 

Où pourra-t-on trouver le festival Taul’Art ? 

D : « Un petit peu partout dans le centre-ville de Toulouse. Dans le café associatif du Caméléon à Saint Cyprien, à la Chapelle à côté de Compans Caffareli, dans les locaux de l’Espace des Diversités et de la Laïcité à François Verdier, au bar culturel Le Bohème, au théâtre du Fil à Plomb, mais aussi dans la rue, notamment à côté de la station de métro Jean Jaurès ou sur les allées Alsace Lorraine. » 

Un petit mot pour la fin ? 

M : « Nous invitons toutes les personnes désireuses d’en savoir plus de venir au festival Taul’Art. Le débat et les avancées ne peuvent se faire qu’avec un échange de point de vue différents. Ce sont les principales cibles du festival Taul’Art. » 

Article griffé par Le Chat

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