Au-delà du genre : Rencontre avec Florence, Elysa et Lise

La  commission trans a été créée au sein de l’association Arc en Ciel à Toulouse il y a plus de 5 ans. Son but: informer, aider et donner de la visibilité aux personnes Trans.

Afin d’en savoir plus à ce sujet,  je suis parti à la rencontre de Florence Bertocchio, militante au sein d’Arc en Ciel et de Lise et Elysa. Toutes trois Trans.

Dans un premier temps je rencontre Florence Bertocchio, 55 ans, ingénieur, militante et bénévole au sein d’Arc en Ciel depuis 6 ans.

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Florence Bertocchio. Crédit photo Chat Graff

Pouvez-vous nous en dire en plus sur l’association Arc en Ciel et sa commission trans ?

« Le but premier est d’informer les personnes trans, car beaucoup d’entre elles sont en détresse et en demande d’informations. »

F.B :  » Arc en Ciel est la principale ressource LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans) en Midi Pyrénées. Elle est située à Toulouse et regroupe 25 associations au sein desquelles évoluent environ 500 bénévoles. Son but est de rompre l’isolement moral et social des personnes LGBT.

La commission trans a été créée au sein d’Arc en Ciel  il y a environ 5 ans. Le but premier est d’informer les personnes trans, car beaucoup d’entre elles sont en détresse et en demande d’informations. La commission assure également leur visibilité. Ce point est primordial car l’image des trans dans les médias est très caricaturale, et même souvent mauvaise. La plupart des gens ne sont pas conscients que les personnes transgenre existent réellement dans la société. »

Qu’est ce qu’une personne transgenre ?

F.B : « Un de mes buts est que l’on n’ait plus besoin de l’expliquer.  Les personnes trans sont nées biologiquement mâles ou femelles. Aucun doute là-dessus. Mais ces personnes se sentent  assignées à un sexe qui n’est pas celui qu’elles ressentent. Par exemple, elles sont nées garçons mais se sentent filles ou vice versa. »

Quand avez-vous décidé de changer de sexe ?

F.B : « Dans la nuit du 22 au 23 mai 2008. J’ai gardé ce secret en moi pendant 49 ans. A force de me heurter à mes murs intérieurs, j’ai ressenti le besoin de parler. J’ai fini par prendre des contacts sur internet. Cette nuit là, j’ai rencontré une personne comme moi, ingénieur, père de famille et qui elle aussi était mariée. Toutes les choses qui me semblaient impossibles sont devenues possibles avec cette rencontre. 

« A force de me heurter à mes murs intérieurs, j’ai ressenti le besoin de parler. »

Une barrière en moi s’est effondrée. J’ai compris que je m’interdisais quelque chose, notamment à cause des préjugés que j’avais rencontrés durant mon parcours. Je fais partie d’une génération qui a incorporé ces préjugés et qui a fini par s’interdire des choses. Mais on ne peut pas vivre en étant une autre personne que celle que l’on est réellement. »

Quelles ont été les étapes de votre changement de sexe ?

F.B : « J’ai commencé ma transition dans ma tête en mai 2008, mon traitement hormonal en octobre 2008, et j’ai été opérée en avril 2010. On dit souvent que changer de sexe est un parcours du combattant , mais ce n’est  pas forcément vrai. Nous ne sommes pas obligés de prendre des hormones ou encore d’être opérés pour changer de sexe. Certaines filles trans conservent leur attribut masculin, il faut laisser le choix aux personnes.

« La plupart des personnes qui sont en transition vous disent qu’elle ne cessera qu’à leur mort. »

Il n’y a pas de procédure officielle, c’est très important pour nous de le souligner. Il n’y a par exemple aucune loi qui interdit de se dire « il » ou « elle » à sa convenance, ni une interdiction qui empêche de changer de sexe. La plupart des personnes qui sont en transition vous disent qu’elle ne cessera qu’à leur mort. On n’en voit pas la fin, jamais. »

Quelles sont les exigences de la loi pour reconnaître un changement de sexe ?

F.B : « Il existe un dispositif légal pour changer de genre mais cela fonctionne très mal. Dans certaines juridictions, on peut changer d’état civil très rapidement alors que dans d’autres c’est très difficile voire impossible. Cela vient du fait que les textes actuels ne sont pas transparents. Ils définissent des conditions nécessaires qui ne sont pas vérifiables, impossibles à trancher. Par exemple, il faut s’être rapproché dans son apparence et dans son comportement social au sexe opposé. Mais la loi ne définit pas, nulle part, ce qu’est un homme ou une femme. De par ce manque de définition, les réponses des juges sont complètement aléatoires. Il faut passer à des conditions claires et vérifiables, sinon on restera à la merci de l’opinion personnelle d’un juge ou d’un procureur.

Parce que la jurisprudence dit que le changement doit être irréversible, on demande souvent de présenter un document attestant d’une ovariectomie ou hystérectomie. Cela crée des situations monstrueuses. J’ai eu vent d’une équipe médicale en France qui aurait exigé d’un garçon trans qu’il ferme son vagin. C’est de la mutilation et complètement contraire aux droits humains.

« Pour l’instant, l’OMS qualifie toujours la transsexualité de trouble mental. »

Il y a aussi des obligations médicales, par exemple l’obligation d’un diagnostic psychiatrique et la prise d’un traitement hormonal.

Pour l’instant, l’OMS qualifie toujours la transsexualité de trouble mental. L’homosexualité  a longtemps été considérée de même, il y a encore 23 ans ! J’ai l’habitude de dire, soyons patients ! Le fait qu’elle ait été déclassée prouve qu’en réalité elle n’a jamais été une maladie mentale. Après, ce jugement de l’OMS n’empêche heureusement pas un pays quelconque d’être permissif sur les droits des trans. »

Quelles sont les revendications des personnes trans ? 

F.B : « Nous souhaitons obtenir un changement d’état civil libre et gratuit. Le mien m’a coûté 1600€, et j’ai eu un bon prix. Nous souhaitons également que celui-ci soit sans conditions médicales ou intervention d’un juge. Chaque personne devrait pouvoir suivre son parcours le plus librement possible, sans contraintes. On vit dans un pays où avoir des papiers a du sens. Pour se marier, pour payer, pour étudier, pour voter, pour un contrôle d’identité…

« Nous souhaitons obtenir un changement d’état civil libre et gratuit. »

Ensuite nous revendiquons la prise en charge par la sécurité sociale des opérations effectuées à l’étranger, notamment car les équipes médicales françaises ne sont pas au niveau d’autres pays. Elles négligent par exemple les zones érogènes et donc le plaisir lors des vaginoplasties. En fait il n’y a pas de spécialistes dans les hôpitaux français concernant les opérations de changement de sexe.

La société civile pose vraiment assez peu de problèmes, je connais même certaines personnes qui n’ont pas connu de ruptures au sein de leurs familles et proches. Même si parfois on rencontre des difficultés cruelles liées à nos proches, ce n’est pas toujours le cas. On peut conserver son emploi, et heureusement ! Ce qui nous manque vraiment donc, c’est ce cadre légal. Les politiques sont en retard sur la société civile.

« Il y a trop de trans qui ont été cassés dans leur transition par des tiers […] »

Il existe un fantasme chez les politiques, les médecins, qui nous laissent croire que si la société était permissive sur le changement de sexe, il y aurait un mouvement d’amplification. Dans un sens ils n’ont pas tort, tous les trans vivant dans le placard en sortiraient. Mais c’est une bonne chose, car on y meurt, dans ce placard. On sait l’horreur que c’est. C’est un véritable gâchis humain que d’y rester. Il y a plein de jeunes trans qui pourraient faire plein de choses merveilleuses de leurs vies, pour leur bonheur et pour l’utilité de la société mais qui resteront dans l’incapacité de réaliser quoi que ce soit. Car ils ne peuvent être eux-même. Il y a trop de trans qui ont été cassés dans leur transition par des tiers, via des opérations mal faites par négligence par exemple. On a moins de mal à franchir le pas si on se connaît, et si on connaît l’autre. Nous voulons faire tomber les barrières. »

Afin de mieux comprendre ce que vivent les trans durant leur changement de sexe, je rencontre Lise et Elysa. Toutes deux se sentent femmes, nées dans des corps d’hommes.

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Elysa (à droite) et Lise (à gauche). Crédit photo ChatGraff

Pouvez-vous vous présenter ?

Elisa : « Je m’appelle Elysa, j’ai 30 ans. J’ai commencé ma transition pour changer de sexe  en novembre 2014. Cela fait 5 mois que je suis sous traitement hormonal et trois mois que je fais de l’orthophonie pour changer ma voix. « 

Lise : « Je m’appelle Cyril, c’est mon identité masculine. J’ai 31 ans, je suis marié depuis 3 ans et j’ai une petite fille de un an et demi. Je suis né garçon, et j’ai décidé de devenir femme, de devenir Lise. »

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Crédit photo ChatGraff

Pourquoi avoir décidé de changer de sexe ?

E : « Ce n’est pas un choix, c’est une révélation. Je savais que j’étais différente, mais je ne savais pas ce que j’étais. Pendant longtemps j’ai préféré me cacher, me mentir à moi-même… Au fond de moi j’ai toujours été une femme, mais j’ai mis du temps pour l’accepter. On appelle cela dysphorie de genre (ou âme de femme dans un corps d’homme et inversement). »

« Je n’en pouvais plus de me haïr moi-même, de faire du mal autour de moi. »

L : « Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie différente. Petite j’en parlais déjà à ma mère et ma grand-mère. Je ne me sentais pas à ma place…  Étant donné qu’il  n’y a pas beaucoup de communication sur ce sujet dans les médias ou autre, on en arrive à penser que l’on est seul, fou, que l’on a un problème. J’ai décidé de lancer le processus de changement de sexe y a plus de 6 mois. Je n’en pouvais plus de me haïr moi-même, de faire du mal autour de moi. Il y a un moment où il faut agir. Je suis allé voir un psy, en sachant très bien ce qu’il allait me dire, mais j’avais besoin de l’entendre dire.

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Crédit photo ChatGraff

Comment se déroule la période de transition ?

E :  » Il n’y a pas d’étapes prédéfinies comme il n’y a pas de parcours prédéfini. Il est différent pour chacun. Mais on peut dire quand même que, en général, une visite chez le dermatologue pour une épilation faciale est un bon début. Vient ensuite le traitement hormonal, généralement considéré comme le fil conducteur de la transition. C’est ce traitement là qui modifie le corps, fait pousser les seins, affine le visage… Il y a un changement notable à 4 mois, 6 mois et un an et demi. Les plus gros changements physiques se font vers 8-12 mois. La vaginoplastie se fait en moyenne après 1 an et demi.  Enfin, un psy doit nous certifier que nous sommes atteints du syndrome de Benjamin, nous permettant ainsi  d’être couverts pour la plupart des consultations et opérations. »

« Quand on vous dit « madame » dans la rue, c’est que c’est bon, c’est l’aboutissement. »

L :  » On aimerait bien mettre une date, une échéance, mais c’est compliqué. La transition  prend fin lorsqu’on s’accepte soi même, et lorsqu’on est reconnus. Quand on vous dit « madame » dans la rue, c’est que c’est bon, c’est l’aboutissement. Il faut savoir que la période de transition c’est beaucoup de changements physiques, un peu comme la puberté. Je me sentirais bien lorsqu’on ne me verra plus comme un homme, ni comme un trans, mais bien comme une femme. »

Ces traitement hormonaux comportent-ils des risques ? 

E :  » Les plus gros risques concernent les prises d’hormones, et les inhibiteurs de testostérone qui rendent stérile. Pour certains trans, ce sont ces traitements qui nous transforment le plus en femme. Le mal-être est tellement profond que certains sont prêts à tout pour changer de sexe, quitte à devenir stériles. Il y a une possibilité de conserver ses gamètes avant la prise du traitement hormonal, mais pour ma part cela occasionnait trop de frais à ma charge. »

« Comme avec tous les traitements médicamenteux, oui, il y a des risques. »

L : «  Je prends des anti androgènes, qui bloquent la testostérone dans le corps. Je prends également des hormones féminines afin de pousser le corps à développer une apparence féminine. Comme avec tous les traitements médicamenteux, oui, il y a des risques. Il y a des effets secondaires, l’anti androgène peut avoir des effets néfastes sur le foie. On a des risques pour les reins et un risque d’AVC plus important. 

L’anti androgène stoppe toute production de spermatozoïdes et empêche les érections. Il faut savoir que pour changer d’état civil, en France, il faut souvent être stérilisé. Avoir subi des modifications définitives et irréversibles. Certains juges demandent donc la stérilisation. »

Vos proches acceptent ils votre changement de sexe ? 

E : « C’est très dur pour eux. J’ai eu la chance que ma mère m’accepte, elle a même été heureuse pour moi que je sache enfin qui j’étais…  Mon père a encore du mal, il me voit comme son garçon, on ne peut pas encore aborder le sujet ensemble. » 

L :  » Dans l’ensemble ils ont mal réagi. Ma femme, elle n’a pas été surprise car je me travestissais parfois. La conclusion du psychiatre lui a semblé aussi évidente qu’à moi. Concernant mes amis,  les plus proches ont ressenti le mal-être que je portais en moi et ont accepté ma décision. Dans mon travail, j’ai été soutenue par ma hiérarchie. J’ai été chanceuse.

« Mon père […] a débarqué chez moi, et j’ai passé 3 heures à me faire insulter. »

Mon père lui, l’a mal pris. J’ai dû lui écrire une lettre pour lui avouer. Un jour, il a débarqué chez moi, et j’ai passé 3 heures à me faire insulter. Comme quoi j’avais tué son fils. Il a coupé tout lien avec moi. Ce qui m’a fait le plus mal, c’est qu’il m’a dit qu’il aurait plus d’affection pour un inconnu dans la rue que pour moi. Mais il fallait  que je fasse le nécessaire pour me sentir bien et arrêter de faire du mal à mes proches. »

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Crédit photo ChatGraff

Vous sentez-vous acceptées par l’opinion publique ?

E: «  Non, car les personnes trans se cachent. Elles sont obligées par exemple  de se faire passer pour de vraies femmes. Heureusement, on a de la chance que certaines stars ou personnalités publiques se soient revendiquées trans. C’est une bonne chose car on souffre trop de mauvaises réputations. »

L :  » Pour la masse, les transgenre sont des prostituées, des droguées. Les gens imaginent qu’on est des travelos, ce qui n’a rien à voir. Les gens ne savent pas qu’ils en croisent tous les jours dans la rue. Je pense que les gens ont cette image déformée à cause des médias. »

Bénéficiez-vous de l’aide de certaines associations ? 

L : « L’association Arc en Ciel. Elle nous fait un bien fou, car on peut y rencontrer d’autres trans en fin de parcours, ce qui donne beaucoup d’espoir pour le futur. Et cela fait tout simplement du bien de pouvoir parler.  Mais ça reste très difficile de rencontrer des personnes trans qui ont achevé leur transition. Pour moi, une trans n’est trans que le temps de sa transition. Une fois cette transition terminée, elle est femme. Et je pense que la transition est tellement dure, tellement difficile à vivre, tant socialement que physiquement, que beaucoup d’entre nous s’éloignent des trans une fois celle-ci achevée. »

E :  » Il y a un soutien d’Amnesty International, qui prend en compte les droits des personnes LGBT à travers le monde. Ils participent souvent à des actions et ont récemment écrit un rapport sur la situation des personnes trans. « 

Que souhaitez-vous pour le futur des personnes trans ?

« Les trans sont des êtres comme tout le monde. Des hommes et des femmes à part entière. »

E : «  On devrait  pouvoir commencer notre transition à 15 ans, ou un peu avant la puberté. Car celle-ci peut tuer une vie. Quant on grimpe à 1m90 et qu’on chausse du 45, on ne peut pas revenir en arrière.

Les trans sont des êtres comme tout le monde. Des hommes et des femmes à part entière. On aimerait que le gouvernement nous prenne plus en considération.« 

L : « Je souhaite que l’on soit plus acceptés dans la société, que l’on nous reconnaisse et qu’on nous comprenne. J’aimerai que les trans ne soient plus vus comme des monstres de foire. »

Article griffé par Le Chat.

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5 réflexions au sujet de « Au-delà du genre : Rencontre avec Florence, Elysa et Lise »

    • Bonjour Ubika,

      Dans un soucis de transparence, les propos de Florence Bertocchio n’ont pas été modifié.
      Toutefois, je pense que Mme Bertocchio parle, en effet, d’Homme devenu Femme tout en gardant leur attribut masculin.

      Cordialement

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      • Euh… Madame Bertocchio m’a dit que cette phrase était erronée… Soit il fallait écrire « Certaines filles trans conservent leurs attributs masculins », soit « Certains garçons trans conservent leurs attributs féminins ». Ce serait bien de corriger !

        J'aime

      • Après réécoute, la phrase était bien telle que nous l’avions écrite. Bien entendu dans le cadre de la discussion avec madame Bertocchio, le sens de celle-ci était bien « Certaines filles trans conservent leurs attributs masculins ». Suite à vos remarques, nous avons modifié la phrase en question. Nous aurions dû corriger cette erreur involontaire. Nous nous excusons pour la gène occasionnée. Merci de votre attention.

        Cordialement

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