Planning Familial de Toulouse : le parcours du combattant

Les premiers centres du planning familial ont ouvert leurs portes en 1961, et depuis cette date se sont répandus dans l’hexagone. Près de 55 ans plus tard, plus du quart d’entre eux sont au bord de la fermeture, faute de moyens financiers suffisants.

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Crédit photo : le Matou

Mais qu’est ce que le planning familial? Pourquoi toutes ces difficultés?

Afin d’en savoir plus, j’ai retroussé mes moustaches et suis parti à la rencontre de Carole et Sigrid, salariées du planning familial de Toulouse.

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Crédit photo : le Matou

Pouvez-vous vous présenter ?

Carole : « Je suis militante et salariée au planning familial de Toulouse depuis 4 ans. »

Sigrid : « Je suis militante et salariée au sein du planning depuis 3 ans. Nous sommes trois salariées et nous avons toutes le même poste. Nos différentes missions sont par exemple d’assurer l’accueil, développer l’association, assurer le lien avec les bénévoles ou encore mener à bien des missions administratives. »

Quel est le rôle du planning familial ?

C : « Le planning familial est un lieu d’accueil gratuit, anonyme et sans rendez-vous. Nous sommes là pour répondre à des questions sur le vie affective et sexuelle.

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Crédit photo : Kitt-Katt

La majorité des personnes viennent nous voir au sujet de la contraception ou de l’avortement, mais nous sommes également présents pour accueillir les jeunes qui désirent effectuer un test de grossesse, ceux qui ont des problèmes conjugaux, les victimes de violences, de viols, d’agressions, d’incestes… »

« Le planning familial est un lieu d’accueil gratuit, anonyme et sans rendez-vous »

S : « Malheureusement, nous avons dû restreindre les permanences suite à des problèmes de financement. Actuellement le planning n’est plus ouvert tous les jours, mais seulement les après-midi, du lundi au jeudi. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

A qui s’adresse le planning familial ?

C : « La majorité des personnes venant nous rencontrer sont des étudiantes entre 18 et 25 ans, mais le planning familial s’adresse à tous le monde, peu importe son âge, sa situation ou encore son sexe. Beaucoup de personnes nous identifient à la contraception et considèrent que celle-ci est un problème qui ne concerne que les femmes. C’est peut-être à cause de cela que très peu d’hommes se rendent au planning familial. »

S :« Les effectifs du planning familial de Toulouse sont constitués d’une très grande majorité de femmes. Bien que cela ne résulte pas d’un choix interne, cela est significatif de quelque chose. »

Quelles sont les actions du planning familial ?

S : « En plus des permanences nous menons des interventions, en milieu scolaire par exemple, de la maternelle au BTS, ou encore dans toute structure qui accueille du public. »

C : « Lors de nos interventions nous discutons de sujets en lien avec la sexualité et le féminisme. Nous abordons par exemple des sujets sur la bisexualité, l’homosexualité, le sexisme… Ces moments d’échanges permettent de lutter contre les violences et les discriminations. Ils permettent de dire et de découvrir des opinions différentes. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

Selon vous, est-ce important de pouvoir disposer de plannings familiaux en France ?

C : « Au planning familial, les gens peuvent venir discuter des difficultés qu’ils traversent et bénéficier d’une écoute neutre. Les gens reconnaissent que ce n’est pas commun de pouvoir bénéficier d’une telle aide sans jugement ni contrepartie. Cela les aide à reprendre leur vie en mains, à affronter les difficultés. »

« Les espaces où l’on peut parler de sexualité, de sa propre sexualité, restent rares.« 

S : « Oui, car c‘est un endroit neutre. Par exemple, les infirmeries au sein des lycées sont souvent connotées pour offrir cette neutralité. Les jeunes ont toujours peur que l’infirmière ne garantisse pas cet anonymat, cette neutralité à laquelle ils ont droit. Le planning familial leur offre. S’adresser à un inconnu peut être plus aisé également.

Les espaces où l’on peut parler de sexualité, de sa propre sexualité, restent rares. Le planning familial fait partie du mouvement d’éducation populaire. Il est vraiment en contact avec le public. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

Quelle est la situation actuelle du planning familial de Haute-Garonne ?

C :  « Les permanences sont le cœur du planning familial, mais nous devons limiter de plus en plus les jours d’accueil depuis trois ans.
Ces journées sont sous-financées et actuellement par manque d’argent nous n’avons pas eu d’autre choix que de les limiter. »

Le planning familial de Toulouse a du fermer ses portes durant trois mois. Pourquoi ?

C : « Nous ne disposons pas d’assez de subventions pour fonctionner. Nous sommes en déficit chaque année de plusieurs milliers d’euros mais jusque là, il y avait un fond de roulement, comme pour toutes les associations. 
Les financeurs payent les associations entre juin et décembre de l’année subventionnée donc nous devons tenir jusque là. C’est pour cette raison que nous disposons d’un fond de roulement. Ce fond de roulement s’est vidé d’année en année à cause du manque de financement. A cela s’ajoute des jugements en Prud’hommes fin 2014 qui concernent d’anciennes salariées et l’ancien conseil d’administration. Le fermeture était annoncée pour fin février car la première échéance des prud’homme devait être à ce moment là. Si on ne s’était pas mobilisées, on aurait été dans une situation de cessation de paiement et le planning familial fermait. 
Nous avons pris conscience de la gravité de la situation en novembre 2014. Pour pouvoir trouver des solutions et nous mobiliser, nous avons dû fermer temporairement nos portes. Cette fermeture était également un moyen de pression sur les financeurs. »

« Nous ne disposons pas d’assez de subventions pour fonctionner. »

S : « Nous avions laissé un numéro vert en place durant la fermeture pour toute question liée à l’avortement et à la contraception sur la porte de nos locaux, afin d’assurer un minimum d’aide et de renseignements. Les appels étaient renvoyés sur la ligne régionale qui s’appelle Contraception Avortement. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

Lors de la fermeture du planning familial, l’appel aux dons lancé par le planning familial a t-il été suivi ?

S : « Pour nous, cet appel était surtout symbolique. Nous savions que les dons ne pourraient pas sortir à eux-seuls le planning familial de sa situation difficile. Nous attendions surtout que les financeurs prennent leurs responsabilités face à la grave situation du planning. »

Suite à la ré-ouverture du planning familial, quelles sont vos attentes ?

C :  « Nous demandons de vrais moyens. Nous avons ré-ouvert suite à une promesse de don exceptionnel qui émanerait du ministère (des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes), qui pourrait combler notre déficit. Mais nous n’avons pas eu d’engagement sur les moyens qui vont nous être alloués pour l’année 2015. Nous souhaitons des financements de fonctionnement avec des conventions sur plusieurs années afin de pouvoir nous organiser et embaucher d’autres salariés. Nous souhaitons également une revalorisation des permanences et de nos actions. Nous avons besoin d’un plus grand local car nous ne pouvons pas accueillir de groupes. Nous devons adapter nos actions à la taille de nos locaux. »

« Si l’on veut que les personnes aient accès aux structures, il faut donner à celles-ci les moyens de fonctionner ! »

C : « Nous souhaitons des moyens suffisants pour couvrir toute la Haute-Garonne. Nous sommes présentes essentiellement sur Toulouse, mais les violences faites aux femmes existent également en campagne et en périphérie. Il n’y a qu’un seul planning familial en Haute-Garonne et à travers le département !

Couvrir toute la Haute-Garonne permettrait aussi de donner accès à la contraception à d’avantage de jeunes. En effet, beaucoup d’entre eux n’habitent pas à Toulouse et n’ont pas accès à des renseignements anonymes et gratuits sur ce sujet. Et puis prendre le bus à quinze ans, sans le dire à ses parents, et parcourir des dizaines de kilomètres n’est pas évident ! Si l’on veut que les personnes aient accès aux structures, il faut donner à celles-ci les moyens de fonctionner !« 

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Crédit photo : le Matou

Comment expliquez-vous ce manque de financement ?

« Les projets sont ambitieux alors que les financements sont bien maigres. »

S : « On retrouve ce problème de financement dans tout milieu associatif. Nos actions doivent répondre à des appels à projets et aux lignes budgétaires de l’Etat. Dans le cas contraire, nous ne recevons pas d’argent. Cette année par exemple, le planning familial de Haute Garonne a mis en place par ses propres moyens un groupe de parole pour les femmes victimes de viols, car personne ne voulait financer ce projet. Les projets sont ambitieux alors que les financements sont bien maigres. »

C : « Même si nos actions correspondent aux appels à projets, ce sont les financeurs qui choisissent de donner de l’argent à telle association ou à telle autre. »

Quelles sont vos revendications par rapport à ce mode de financement  ?

S : « Nous désirons obtenir des financement de fonctionnement. De cette façon nous pourrions nous-mêmes répartir l’argent et déterminer nos choix d’intervention. »

C  : « La CAF est le seul de nos financeurs qui nous soutient sans contreparties. Cela veut dire qu’elle nous donne de l’argent pour fonctionner, et qu’elle nous laisse libre de répartir ce financement au sein de nos actions. Une généralisation des financements de fonctionnement nous permettrait donc d’être plus libres et efficaces. »

La politique d’austérité budgétaire actuelle a-t-elle une incidence sur les organismes tels que le votre ?

S : « Oui, les associations sont les premières à subir les coupes budgétaires. Si cela continue, nous ne pourrons plus aider toutes ces femmes, premières victimes de la précarité. »

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Crédit photo : Kitt-Katt

Le planning familial de Douai, Nord-Pas-De-Calais, a été mis en situation de liquidation judiciaire en octobre dernier. Etes-vous en contact avec les autres plannings familiaux? Existe-t-il une solidarité inter-régionale?

« On aimerait créer une mobilisation à l’échelle nationale […] »

 C : « Oui bien sûr, il y a de la solidarité morale. Mais les plannings familiaux se débattent déjà avec leurs propres difficultés. On a le nez dans le guidon. On aimerait créer une mobilisation à l’échelle nationale car en effet, il n’y a pas que notre planning familial qui traverse des moments difficiles. Lille, Marseille… Environ un quart des plannings familiaux de France sont en grave manque financier. 

Et puis il faut souligner que nous ne sommes que 3, ici à Toulouse… Trois salariées. C’est très difficile d’organiser une mobilisation en plus de la charge de travail qui nous écrase. »

Est-ce que la mairie de Toulouse vous apporte du soutien ?

« Vis-à-vis de nos difficultés financières, il n’y a pas trop de réaction de la part de la mairie. »

S : « Non. La mairie de Toulouse met un local à notre disposition, elle estime que c’est déjà beaucoup. Ce qui est vrai, mais bon… Vis-à-vis de nos difficultés financières, il n’y a pas trop de réaction de la part de la mairie. »

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Crédit photo : le Matou

Un mot pour la fin ?

S : « Si on ne croyait pas en notre action, on aurait rendu les clés depuis longtemps. Il y a une sorte de force collective au sein du planning, avec des personnes présentes tout le temps… J’ai peur qu’à l’avenir il n’y ait plus d’endroits comme celui-ci pour accueillir les personnes en difficulté. »

Propos recueillis par Kitt-Katt et le Chat

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