Rencontre avec un recruteur de donateurs

Habillés aux couleurs des associations, les recruteurs de donateurs arpentent les villes de France tout au long de l’année.

Prenant mon courage à deux pattes, je brave la pluie, et c’est les moustaches toutes trempées que je rencontre Julien. Il était encore il y a quelques semaines en mission à Toulouse.

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Crédit photo : ChatGraff

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Julien : « J’ai 35 ans et je suis recruteur de donateurs depuis bientôt 7 ans. J’occupe actuellement le poste de responsable d’équipe. Je travaille principalement à Toulouse. »

En quoi consiste le travail d’un recruteur de donateurs ?

J : « Nous parcourons les rues de France afin de proposer aux passants, face à face, de soutenir une association humanitaire, environnementale ou de santé publique par le biais de dons réguliers. »

Travaillez-vous directement pour ces associations ?

J : « Je travaille pour un prestataire de services qui s’appelle ONG Conseil. Cette entreprise travaille avec de nombreuses associations, telles que Médecins du Monde, la Croix Rouge ou encore Aides. Et bien sûr avec d’autres moins connues du grand public. »

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Ce jour là, Julien travaillait pour Coalition PLUS. Crédit photo : ChatGraff

Est-ce un travail bénévole ?

J : « Nous sommes tous salariés, payés à l’heure. Nous ne sommes donc pas payés au chiffre. C’est un emploi assez difficile et contraignant. Je prends régulièrement des pauses. Je fais ce métier plusieurs mois dans l’année selon les missions que me confie mon employeur. »

Il n’y a donc aucun quota de donateurs à atteindre ?

J : « Il n’y en a pas dans le sens où nous ne touchons pas de commission sur le nombre de signatures recueillies. Bien évidemment, nos équipes représentent un coût pour les associations. Mais notre but est de leur rapporter de l’argent pour permettre la réalisation de leurs actions et missions.

« […] Nous ne touchons pas de commission sur le nombre de signatures recueillies. »

Il n’y a pas de pression, mais nous savons que nous avons un objectif à atteindre pour que l’association rentre le plus rapidement possible dans ses frais.»

Comment sont constituées les équipes de recruteurs ?

J : « Nous sommes entre 5 et 15 recruteurs par équipe. Il y a de tous les âges, par exemple il y a trois mois j’avais dans mon équipe une personne de 65 ans, même si les équipes restent relativement jeunes. Ils sont plus attirés par ce métier. Selon moi, devenir recruteur de donateurs permet à des étudiants de faire un job d’appoint, qui plus est, engagé. Et pour ma part, bien plus intéressant que de servir des burgers dans un fast-food.»

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Crédit photo : ChatGraff

Faut-il un diplôme ou une formation particulière pour exercer le métier de recruteur de donateurs ?

J : « Non, il ne faut pas de diplôme particulier pour exercer ce métier. Nous suivons une formation obligatoire de deux jours lors de chaque début de mission, au sujet de l’objet social de l’association. Il faut tout de même avoir un minimum de culture et de bon sens. »

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

J : « Je suis tombé sur ce métier complètement par hasard : j’ai croisé un recruteur de donateurs qui m’a proposé de faire ce métier. J’ai postulé car je pense que c’est une chance de pouvoir se lever le matin pour défendre une belle cause. Tous les métiers n’offrent pas cette chance. Je continue car je m’épanouis en faisant cela. Je me dis que ma vie et mon travail ont un sens et que grâce aux nouveaux donateurs, la vie d’autres personnes en France comme au bout du monde est améliorée.

« J’ai postulé car je pense que c’est une chance de pouvoir se lever le matin pour défendre une belle cause. »

Je me vois continuer encore longtemps à faire ce métier. Je ne me vois pas partir en mission humanitaire, comme aller par exemple aider directement des personnes victimes d’une catastrophe. Je sais que je n’en ai pas les compétences. Je suis un maillon de la chaîne et cela me convient. »

Rencontrez-vous des difficultés dans votre contact avec les passants ?

J : « Ça fait longtemps maintenant que je fais ce métier, des difficultés c’est sûr il y en a toujours. Je dirais que la plus grande est de susciter l’intérêt des passants dans la rue. Il faut apprendre à gérer les refus, savoir les accepter. »

Faites-vous face à beaucoup de refus ?

J : « Evidemment tous les passants ne s’arrêtent pas. Même parmi les personnes qui acceptent de nous parler, certains ne souhaitent pas soutenir l’association. Ils ont des raisons qui leurs sont propres et nous ne sommes pas là pour les juger. La personne est libre de donner ou de ne pas donner, notre travail est de leur proposer. »

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Crédit photo : ChatGraff

Existe-t-il des techniques pour attirer l’attention des passants ?

J : « Il faut être souriant, dynamique et avenant. Je ne sais pas si c’est réellement une technique. Mais si on traîne la patte, si on ne sourit pas et si on est malpoli, les gens ne s’arrêteront pas… »

Pensez-vous que ce métier soit bien accepté dans l’opinion publique ?

J : « Cela peut être très bien vu comme très mal vu. Il y a des gens qui aiment nous croiser et d’autres qui en ont marre. Ces derniers nous disent souvent qu’ils nous croisent tous les jours… Ce à quoi je leur réponds avec le sourire et humour : « A demain !  » »

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Crédit photo : ChatGraff

L’opinion publique est-elle selon vous sensible aux causes humanitaires?

J : « Heureusement, les passants y sont en général sensibles. Sinon cela ferait longtemps que la collecte de fonds dans la rue aurait été arrêtée. On trouve suffisamment de donateurs pour aider les assocations et c’est tant mieux. »

Vos missions sont-elles bien accueillies à Toulouse ?

J : « De manière générale, les Toulousains sont très avenants. Nous bénéficions d’un très bon accueil et j’ose espérer qu’ils continuent à nous accueillir avec le sourire. Nous nous efforçons d’être respectueux de la ville et de ses habitants, sans chercher à leur forcer la main ou à les culpabiliser. »

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