Rassemblement commémoratif à Toulouse suite à un acte criminel en Afghanistan

Afghanistan, 2015.

Farkhunda, une femme atteinte de problèmes mentaux, se rend dans un supermarché et y brûle prétendument un Coran. Un véritable mouvement de foule se produit alors et de nombreuses personnes s’en prennent très violemment à elle. L’orgie de violence ne prend fin qu’avec l’immolation de la jeune femme. C’est la première fois qu’un événement de cette ampleur survient en Afghanistan.

En cette veille de week-end, vendredi 20 mars, un rassemblement commémoratif a eu lieu à Toulouse, place du Capitole, à l’initiative d’étudiants pour la plupart d’origine afghane.

Lors de cet événement, j’ai pu rencontrer 3 étudiants afghans. Récit.

Mirsayed Saeedy

Mirsayed Saeedy

Pouvez-vous vous présenter?

Navid Rahimi: « Je suis étudiant bachelor dans une école privée en anglais. »

Mirsayed Saeedy : « Je suis étudiant en master de droit international à l’université Toulouse Capitole. »

Sulaiman Mayadi : « Je viens d’Afghanistan, étudiant en master relations internationales. »

Pourquoi êtes-vous ici ce soir ?

Navid : « Nous voulons affirmer haut et fort que ce qui vient de se passer en Afghanistan est inhumain. Nous voulons stopper ça.

Nous sommes donc ici pour cette femme, qui a des problèmes mentaux depuis 16 ans. Elle est rentrée dans un centre commercial et y aurait détruit un coran. Lorsqu’elle est sortie, des gens ont commencé à la battre et ont fini par la brûler vive.

Du point de vue à la fois de la religion musulmane et du respect de la vie humaine c’est intolérable. Aucun gouvernement, aucune force de police n’a le droit de laisser faire ça. C’était à eux de la juger pour ses actes, et non pas aux gens de faire justice par eux-mêmes. 

Ce qu’on veut dire aujourd’hui, c’est que l’humanité est une, sans distinction de couleur ou de religion. Une personne qui ressent la douleur la ressentira comme tout être humain. Nous sommes tous égaux! »

Mirsayed, Navid, un partisan et Sulaiman

Mirsayed, Navid, un sympathisant et Sulaiman

La police était-elle présente pendant le déroulement de ce lynchage public?

Navid : « La police était présente mais elle n’a pas réussi à contrôler les gens. Les policiers ont tenté de les arrêter, bien que trop mollement selon nous. C’est la première fois qu’un événement aussi barbare arrive en Afghanistan. Le lynchage a duré plus de deux heures. »

Selon vous, qu’est-ce qui a pu motiver cet acte ?

Navid : « La connaissance et l’éducation ne sont pas d’un niveau suffisamment élevé en Afghanistan. C’est le réel problème. Les gens ne pensent pas trop à réfléchir avant d’agir. J’y pense beaucoup, ça m’empêche de dormir. Comment des gens peuvent-ils être aussi cruels et faire justice eux-mêmes comme cela ? Pourquoi ne font-ils pas la différence entre le droit de l’islam et le droit humain? »

Mirsayed : « Pour moi cet acte est le résultat de la prédominance de la religion en Afghanistan. Le pouvoir religieux, c’est pire que tout. C’est grave de voir dans une nation démocratique une si grande mobilisation religieuse, qui n’a aucun respect pour la vie et la dignité humaines. La religion est tellement puissante, et est tellement répandue dans les moeurs, que les personnes présentes sur place regardaient la scène sans réagir. »

Sulaiman : « Les gens ne bénéficient pas d’une bonne éducation, ni scolaire, ni religieuse. Le gouvernement n’a pas les compétences pour arranger cela. Il devrait s’en donner les moyens, et doit améliorer ses forces de police pour garantir la sécurité de son peuple.

Navid Rahimi

Navid Rahimi

Ici, ce soir, nous demandons que le gouvernement Afghan prenne soin de son peuple. On ne veut pas que les gens qui ont commis cet acte barbare puissent s’en sortir sans conséquence. C’est au gouvernement de juger et de punir les gens et pas aux gens de faire justice eux-mêmes. Pour moi, les gens qui ont commis cet acte ne méritent plus la dénomination d’êtres humains.

Nous voulons montrer à mon peuple et au monde que nous sommes avec eux dans la tristesse. Nous voulons envoyer un message à mon gouvernement. Nous réclamons justice. Quiconque est lié à ce crime inhumain doit être jugé devant un tribunal. »

Qui sont les coupables?

Mirsayed: « On ne sait pas vraiment mais j’accuse surtout le pays et l’histoire du pays. Nous avons eu beaucoup de guerres. Les partis extrémistes ont pris le pouvoir trop longtemps. A cause de ces guerres, il y a un réel manque d’éducation qui pèse encore cruellement aujourd’hui. Le gouvernement n’avait pas les moyens de mettre en place cette éducation. Et c’est très dur de gouverner un pays avec des gens incultes. »

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Farkhunda, victime de la colère de la foule

Comment a réagi l’opinion publique en Afghanistan ?

Sulaiman : « Certains réagissent et condamnent ce meurtre mais c’est une minorité. Les gens soutenant ceux qui ont tué cette femme sont une majorité. Je pense que ceux qui condamnent ce crime ont peur de parler de manière trop affirmée, car leur vie serait alors extrêmement en danger. »

Y aura-t-il d’autres actions faisant écho à celle-ci ?

Mirsayed : « Oui je pense sincèrement que les gens vont se mobiliser. Les journaux commencent à en parler beaucoup. Le président de l’Afghanistan, Ashraf Ghani, va se déplacer prochainement à la maison blanche à Washington. J’espère que de nombreuses personnes iront manifester afin de l’interpeller sur la situation. »

Propos recueillis par Le Matou

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