Rencontre avec Karim : l’histoire difficile d’un vendeur de roses ambulant

Je rencontre aujourd’hui Karim, 35 ans, originaire de Birmanie et vendeur de roses ambulant à Toulouse. Depuis maintenant trois ans, il arpente chaque nuit les rues toulousaines, son bouquet à la main. Comme la plupart de ses confrères, c’est pour échapper aux massacres, aux tortures et à la mort que Karim a fui son pays d’origine.

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Karim. Crédit photo : le Matou

À ce jour en attente du statut de réfugié politique, il nous en dit plus sur son histoire.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à quitter la Birmanie ?

« J’ai fui mon pays pour échapper aux tortures et à la mort. »

Karim: « J’ai fui mon pays pour échapper aux tortures et à la mort. Je suis birman de confession musulmane. Là bas, les musulmans sont considérés comme des étrangers et ne possèdent pas les mêmes droits que les autres birmans.  Mon père et mon frère étaient des activistes qui luttaient contre le gouvernement et sa politique envers la minorité musulmane. Quand ils ont été capturés, torturés puis exécutés, j’ai décidé de m’impliquer. Je militais de façon pacifique en distribuant des tracts ou en affichant. En 2008, lors d’un rassemblement de musulmans pour la démocratie, des militaires ont tiré dans la foule et m’ont capturé. J’ai subi de nombreuses tortures, notamment au niveau des jambes, dont je porte encore les séquelles aujourd’hui.

J’ai réussi à m’enfuir au Bangladesh aidé par des amis. J’y ai rencontré ma femme et eu une fille. Je suis devenu épicier là bas. Mais ce pays subissait des conflits politico-religieux. Ma femme est issue d’une famille activiste. En 2012, suite à l’arrestation de son père, on me menaça de me renvoyer en Birmanie. Si je restais ma vie était en danger. J’ai dû fuir le Bangladesh et quitter ma famille. »

Comment êtes-vous parvenu jusqu’en France ?

« Nous étions sept au fond de la cale d’un petit bateau, sans lumière durant deux mois. »

« Je suis arrivé en France par le biais de passeurs. En échange d’environ 5000 euros et des bijoux de ma femme, j’ai pu prendre un bateau jusqu’en Italie. Le trajet fut très difficile car c’était bien évidemment un voyage clandestin. Nous étions sept au fond de la cale d’un petit bateau, sans lumière durant deux mois. Une fois arrivé sur le sol européen, j’ai demandé l’asile politique auprès de la France. A ce jour, bien que je sois aidé par un avocat, je n’ai toujours pas obtenu le statut de réfugié politique, mais ma demande a bien été prise en compte. »

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Récepissé de demande d’asile. Crédit photo : le Matou

Pensez-vous retourner un jour en Birmanie ?

« […] ma mère a été torturée et tuée par des militaires […] »

« Non, je n’ai plus de famille en Birmanie. Il y a quelques années,  ma mère a été torturée et tuée par des militaires car elle ne voulait pas leur dire où je me trouvais. Depuis je n’ai pratiquement plus aucune nouvelle de mon pays. Si j’y retourne, je serais très probablement tué. Mon pays n’est toujours pas une démocratie et les musulmans ne peuvent pas toujours avoir accès à l’éducation ni travailler librement. »

Comment en êtes-vous venu à vendre de roses à Toulouse ?

« C’est un travail illégal mais la police est plutôt compréhensive. »

« Quand je suis arrivé à Toulouse, j’ai frappé à toutes les portes pour chercher du travail. Mais la réponse était toujours la même : tant que je n’avais pas de statut officiel, ils ne pouvaient pas m’engager. Suivant les conseils de certaines personnes dans ma situation, j’ai décidé de vendre des roses dans la rue. Je fais ça depuis trois ans maintenant pour avoir un peu d’argent. C’est un travail illégal mais la police est plutôt compréhensive. La plupart de mes confrères sont dans la même situation que moi : sans papiers et ayant fui les massacres. »

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Karim. Crédit photo : le Matou

Ce travail vous permet-il de subvenir à vos besoins ?

« Ce travail me permet surtout de survivre. J’achète mes fleurs à LIDL ou à Casino. Les prix sont relativement bas, environ 10 euros pour 20 roses. Je les revends ensuite à 3 euros l’unité. Je gagne environ 10 euros par soir, parfois plus lors des jours spéciaux comme la Saint Valentin.

« Heureusement, je peux compter sur l’aide de la Croix Rouge […] »

Avec cet argent, je m’achète à manger, je rachète des fleurs et j’envoie à ma famille le peu qu’il me reste. Je n’ai pas de quoi m’offrir un logement alors je me déplace souvent pour dormir là où c’est possible. Heureusement, je peux compter sur l’aide de la Croix Rouge pour m’offrir à manger et me permettre d’avoir une boite aux lettres. Ce dernier point est indispensable pour moi dans le cadre de ma demande de droit d’asile. »

Quelles difficultés rencontrez vous dans ce travail ?

« C’est très difficile de vendre des roses […] »

« C’est très difficile de vendre des roses car tous les restaurants et les bars n’acceptent pas notre présence à l’intérieur de leur établissement. De plus, je tombe bien souvent sur des personnes alcoolisées qui me parlent méchamment et qui parfois brisent mes fleurs. La météo joue aussi un rôle. La saison hivernale est moins propice à la vente car il y a moins de monde en terrasse. Mais malgré tout, certaines personnes m’aident beaucoup en me proposant du travail au noir, en me fournissant une connexion internet ou encore me donnant jusqu’à 5 euros pour une rose. »

 Comment s’organisent vos journées ?

« Je travaille sept jours sur sept. De 20h à 3h, j’arpente les bars et les restaurants pour vendre mes fleurs. Il faut être efficace car les fleurs fanent très vite, parfois en une journée. Le reste du temps j’évite de sortir ; étant donné que je n’ai pas de papiers, j’essaye de m’exposer le moins possible.

« Je souhaite vraiment écrire mes mémoires un jour. »

Je souhaite vraiment écrire mes mémoires un jour. Pour cela, j’apprends le français avec la Croix Rouge. »

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Diplôme d’initiation à la langue française. Crédit photo : le Matou

Que souhaitez-vous pour l’avenir ?

« Je rêve de faire venir vivre ma famille ici avec moi. »

« Je souhaite obtenir le statut de réfugié politique et vivre à Toulouse. Avec ces papiers, je pourrais obtenir un meilleur travail, peut-être dans la restauration. Je rêve de faire venir vivre ma famille ici avec moi. Leur situation est très précaire au Bangladesh et je crains pour leur vie.

 « Je ne me vois nulle part ailleurs qu’à Toulouse. J’aime énormément cette ville. »

 Je ne me vois nulle part ailleurs qu’à Toulouse. J’aime énormément cette ville. Je me sens chez moi ici.

Une chose est sure, je ne me vois pas continuer à vendre des roses encore longtemps… Car j’en suis venu à les détester. »

Propos recueillis par Le Chat.

Remerciements au Matou et à Chamaille

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