Rencontre avec un opposant au régime de Kabila

De nombreuses manifestations agitent la République Démocratique du Congo (RDC) depuis le début de l’année. Ce pays, le plus vaste d’Afrique, est dirigé depuis janvier 2001 par Joseph Kabila, fils de Laurent-Désiré Kabila, lui-même président de la RDC entre 1997 et 2001.

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Joseph Kabila fait face à de nombreuses critiques depuis sa réélection controversée en novembre 2011.

Pour en savoir plus, je suis parti à la rencontre de Yannick Luntadila, membre du parti socialiste, secrétaire adjoint de l’association CCT (Communauté Congolaise de Toulouse). Yannick Luntadila est depuis cette élection opposé à Joseph Kabila. Ce samedi 24 janvier, une manifestation eut lieu à Toulouse pour dénoncer les agissements du président en place.

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Yannick Luntadila Crédit photo : Le Matou

Récit d’une rencontre.

Tout d’abord monsieur Luntadila, pouvez-vous nous en dire plus sur vous?

« Je suis venu en France suite à la dictature de Sese Seko Mobutu. Mes parents, opposants au régime, ont dû fuir la RDC par peur de représailles. Nous sommes arrivés en France en tant que réfugiés politiques en 1993. »

« Il m’est interdit de pénétrer sur le territoire Congolais car je suis considéré comme un terroriste […] »

« Depuis 2011, il m’est interdit de pénétrer sur le territoire Congolais car je suis considéré comme terroriste pour m’être opposé à Joseph Kabila. Si je revenais en RDC ma vie serait en danger. »

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Yannick Luntadila lors de la manifestation à Toulouse le 24/01/2015. Crédit photo : Le Matou

Pourquoi avoir manifesté samedi 24 janvier 2015 à Toulouse ?

« De nombreux congolais ont été tués par les troupes de Mr Kabila lors de manifestations pacifiques. Ils réclamaient des élections démocratiques en 2016, et le retrait de l’alinéa 3 de l’article 8 qui modifie la loi électorale. Cet alinéa permettrait de mettre en place un recensement de la population congolaise.

Problème, le recensement est une tâche colossale en (RDC), vaste de plus de 2 millions de km² et possédant des voies de communications délabrées. Plusieurs années pourraient être nécessaires pour le mener à bien. L’opposition y a vu d’emblée un moyen détourné de rallonger le mandat du président. Joseph Kabila au pouvoir depuis 2001 ne peut en effet selon la constitution postuler à un troisième mandat. »

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Doudou Ngumbu, le boxeur franco-congolais présent à la manifestation. Crédit photo : Le Matou

« Le peuple congolais s’est rendu compte que Joseph Kabila ne veut pas abandonner le pouvoir. »

« A travers les ripostes violentes de l’armée et de la police face aux manifestations en RDC, le peuple congolais s’est rendu compte que Joseph Kabila ne veut pas abandonner le pouvoir.

Cet alinéa a été finalement retiré ce 24 janvier, Mr Kabila voulant probablement calmer les esprits. Mais c’est trop tard car le sang a coulé.

Nous nous sommes donc rassemblés à Toulouse pour dénoncer ce massacre, réclamer le départ de Mr Kabila et exiger la tenue d’élections démocratiques. »

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« Stop aux massacres en RDC ! » Crédit photo : le Matou

Le mouvement a-t-il été suivi à l’étranger ?

« Oui, de nombreux rassemblements ont eu lieu à travers le monde pour manifester du soutien au peuple congolais. En France deux manifestations ont eu lieu, à Toulouse et à Paris. »

Pourquoi une telle violence de la part de l’armée de Joseph Kabila envers les manifestants?

« On se rend compte qu’en RDC, la police et l’armée sont sous le contrôle direct de Mr Kabila. Lui et les siens utilisent la violence pour se maintenir au gouvernement. Cette violence est impardonnable, car l’armée est là pour protéger les congolais et non pas pour tuer le peuple ! »

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« Kabila Dégage ! » Crédit photo : Le Matou

Qui sont les opposants à Joseph Kabila en RDC ?

« Énormément d’individus ont pris la relève suite au massacre. La violence de Joseph Kabila a l’égard de son propre peuple a changé la donne. Maintenant la population exige le départ du président. De nombreux messages explicites sont partagés à travers le pays et les réseaux sociaux. « Kabila dégage ! » est devenu un mot d’ordre ainsi que le hashtag le plus partagé sur Twitter pour dénoncer la situation en RDC. »

Les manifestations ont-t-elles lieu dans tout le pays ?

« Il y aurait déjà des dizaines de morts, même si officiellement le gouvernement n’en reconnaît que quatre. »

« Les manifestations ont lieu partout dans le pays, notamment à Kinshasa, à Goma, ou encore dans le Bas Congo. Il y aurait déjà des dizaines de morts, même si officiellement le gouvernement n’en reconnaît que quatre. Ils auraient été assassinés par des vigiles de sociétés privées qui les auraient surpris en train de voler ; ce qui est étonnant, car en RDC les agents de sécurité ne sont pas armés… »

Pensez-vous qu’il y ait un lien avec ce qu’il s’est passé il y a quelques mois au Burkina Faso ?

« La révolte burkinaise n’a fait que donner de l’espoir aux opposants de Kabila. »

« Bien sûr, la chute de Mr Blaise Compaoré le 31 octobre 2014 a donné de l’espoir au peuple congolais et à sa jeunesse. Si les burkinabés l’ont fait, pourquoi pas nous ? En RDC cela fait déjà deux fois que le peuple se sent dupé par les élections. La révolte burkinaise n’a fait que donner de l’espoir aux opposants de Kabila. »

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Crédit photo : le Matou

Y a-t-il eu une censure médiatique en RDC à la suite de ces manifestations ?

« […] Ce n’est pas la première fois que les droits de l’homme et les libertés sont bafoués en RDC. »

« Oui, par exemple la seule radio (RFI) qui a dénoncé les violences a été coupée lors des manifestations. Les lignes internet et téléphoniques de plusieurs villes l’ont été également de manière à ce que le peuple ne soit pas au courant de ce qui se passe dans le reste du pays.
Tous les médias opposants à Kabila ont déjà été détruits ou fermés. Seule la RFI et Radio Okapi, radios opposées à Kabila, sont encore en activité. Mais ce n’est pas la première fois que les droits de l’homme et les libertés sont bafoués en RDC. »

Pensez-vous que la communauté internationale ait bien réagi ?

« J’ai trouvé la réaction de la communauté internationale un peu timide. »

« J’ai trouvé la réaction de la communauté internationale un peu timide. Aucun dirigeant ne s’est exprimé publiquement, hormis via des écrits qui condamnent la violence de l’armée face aux manifestants. On est bien loin des réactions que l’on avait pu voir au Burkina Faso où il y avait eu moins de cinq morts…

Je trouve ce silence un peu complice. Nous souhaitons qu’une enquête internationale soit dépêchée en RDC pour que les coupables de ces massacres de la semaine dernière soient arrêtés et que les droits de l’homme cessent d’être bafoués impunément. »

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« Je suis Rep. Demo. du Congo » Crédit photo : Le Matou

L’alinéa contesté a été supprimé, est-ce synonyme de victoire ?

« Tout est fait pour que Joseph Kabila conserve le pouvoir. »

« Non, je ne pense pas. Pour moi cette loi est seulement l’arbre qui cache la forêt. Tout est fait pour que Joseph Kabila conserve le pouvoir. Son but reste bien de changer la constitution pour qu’il puisse se représenter aux élections de 2016. Actuellement, il lui est impossible de rester au pouvoir sans passer par ce changement de constitution. »

Quel climat règne actuellement en RDC ?

« La colère est toujours présente […] »

« La colère est toujours présente, mais amoindrie pour cause de deuil. Beaucoup de corps n’ont pas encore été retrouvés, probablement car l’armée de Mr Kabila les a ramassés durant les manifestations pour ne pas laisser de preuves. »

Qui selon vous incarne aujourd’hui l’espoir et l’aspiration au changement en RDC ?

« Le jeune Gaby, premier étudiant à s’être fait tuer durant les manifestations, incarne cette volonté de changement qui ne reculera devant rien. Aujourd’hui par le message « Je suis Gaby », il est devenu un symbole qui résonne à travers tout le Congo. »

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« Je suis GABY » Crédit photo : Le Matou

« Il y a aussi Etienne Tshisekedi, président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), grand opposant à Joseph Kabila.

Tshisekedi est très populaire en RDC. Il s’était déjà opposé au régime de Mobutu, puis au père de Kabila et maintenant à l’actuel président. Son slogan est « Le peuple d’abord », et il a su prouver à maintes reprises que ce n’est pas juste un slogan mais un véritable leitmotiv. »

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« Tshisekedi President » Crédit photo : Le Matou

Quel espoir entretenez-vous pour l’avenir de la RDC ?

« Je garde l’espoir d’un dialogue afin que Mr Kabila puisse pacifiquement passer le relais. Si ce n’est pas le cas, je suis persuadé qu’il y aura un soulèvement populaire que personne ne pourra arrêter… La RDC est le poumon de l’Afrique, ainsi une stabilité politique en RDC profitera à toute l’Afrique centrale. »

Propos recueillis par Le Chat.

Remerciements à Gros Minet, à Chacripan et au Matou.

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Une réflexion au sujet de « Rencontre avec un opposant au régime de Kabila »

  1. Cet article est un témoignage aux souffrances du peuple congolais à cause de la richesse de son sol et sous sol. Nous n’ avons plus le droit de tolérer l’a impunité en RDC. Le régime dictatorial de Monsieur KABILA n’ à plus aucune légitimité pour diriger la RDC. Merci pour votre soutien.

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