Rencontre avec un jeune des cités

Pierre : Crédit photo Le Matou

En France, depuis quelques années déjà, certains quartiers ont été classés en zones de sécurité prioritaire (ZPS). Ces endroits correspondent souvent à ce que lon nomme également des cités. Leurs habitants jouissent en général d’une mauvaise réputation auprès des autres français.

Mais qui se cache derrière le fameux  »jeune des cites » ?

Pour répondre à quelques unes de mes interrogations, je suis allé à la rencontre de l’un d’entre eux…

J’ai fait la rencontre de Pierre, bientôt 18 ans.

Pouvez vous nous en dire plus sur vous ?

« Je suis étudiant à l’université Paul Sabatier de Toulouse où je prépare une licence de Sciences Fondamentales Appliquées. Je suis français, d’origine camerounaise, et je suis né à Toulouse. Je fais du football américain depuis quatre ans ainsi que du parkour depuis peu. J’ai vécu aux Arènes, à Bellefontaine, et maintenant, j’habite avec mes parents à Bagatelle. »

Comment décririez vous le quartier où vous vivez ?

« Je me sens bien dans mon quartier. Pour moi, c’est un endroit plutôt tranquille, contrairement à l’image que les gens en ont. En sept ans, je n’ai entendu parler que d’un seul règlement de compte avec arme à feu. »

Selon vous, de quel œil les habitants des quartiers alentours voient votre quartier ?

« Mon quartier a une mauvaise image dans l’opinion publique. J’entends souvent dire qu’il n’y a que des arabes, des noirs et de la racaille. On dit souvent qu’à Bagatelle, il y a des coups de couteaux, des voitures brûlées et des gens dangereux. » 

Que pensez-vous de cette image ?

« Bien qu’il n’y ait pas que des gens dangereux, on en trouve tout de même. »

« Les médias véhiculent des stéréotypes, une image dégradante et exagère les faits . Oui, il y a eu des règlements de compte et des agressions mais ce n’est pas une généralité. D’après moi, c’est vrai qu’il vaut mieux éviter certains endroits la nuit, surtout selon son apparence vestimentaire. Un soir, mon oncle s’est fait agresser et poignarder alors qu’il était seul et un peu ivre. Pourtant lui aussi était du quartier ! Bien qu’il n’y ait pas que des gens dangereux, on en trouve tout de même. Mais cela aurait pu arriver dans n’importe quel autre quartier. »

Pensez vous que vivre dans un quartier comme Bagatelle est handicapant ?

              « Les pompiers évitent mon quartier. »

Oui, par exemple les pompiers évitent mon quartier. Un jour, il y a eu une inondation dans un immeuble. Comme je voyais des habitants s’inquiéter que les pompiers ne viennent pas, j’ai appelé la mairie qui m’a orienté vers Veolia. Quand la personne de Veolia est enfin arrivée elle m’a expliqué que les pompiers avaient peur de venir, peur d’être caillassés par les jeunes des cités. »

Toujours selon vous, pourquoi les jeunes de cité ont cette mauvaise image ?

« D’après moi, les grands médias fonctionnent comme les entreprises, leur but est de faire du profit. Et le meilleur moyen d’y arriver est de faire des émissions vues par le plus grand nombre. »

« Je pense que c’est la faute des grands médias. Pour moi, ils diffusent de la contre-information. Ils répètent un discours comme de la propagande. Pour la plupart, les émissions comme celles diffusées sur TF1, M6 ou W9 ne sont pas de vrais reportages mais du bourrage de crâne. D’après moi, les grands médias fonctionnent comme les entreprises, leur but est de faire du profit. Et le meilleur moyen d’y arriver est de faire des émissions vues par le plus grand nombre. Pour cela, ils n’hésitent pas à accentuer les clichés sur les jeunes de cités et les quartiers sensibles. Je pense aussi que les médias entretiennent le racisme depuis des années. Dès les premières vagues d’immigrations en France, ils se sont plus particulièrement concentrés sur les conflits entre Français et populations des cités d’origine arabe/noire/métissée, que sur ceux existant également, par exemple, avec les personnes d’origine italienne ou espagnole.

Je pense que les gens devraient venir à Bagatelle et dans les quartiers sensibles pour se forger un avis par eux-mêmes. Il ne faut pas se cantonner à ce que l’on peut voir ou entendre, même de la part de grands médias. »

Les jeunes des cités ont ils en retour un regard négatif envers le reste de la société ?

« J’ai des amis qui disent qu’il y a les français d’un côté et nous de l’autre. J’entends par nous, les Arabes, les noirs et les métis qui vivent dans les cités. Certains, qui ont pu être méprisés pour leur couleur de peau ou leur adresse, développent une sorte de haine envers les quartiers plus bourgeois. »

Quelles sont les conséquences de cette mauvaise image sur les jeunes de cité ?

« A force d’avoir une image de racaille, ils finissent par se comporter comme tel ».

« Cette image que renvoient les médias et l’opinion publique modèle celle que certains jeunes des cités ont d’eux-mêmes. A force d’avoir une image de racaille, ils finissent par se comporter comme tel.

Il y a de la racaille dans mon quartier, c’est vrai. D’après moi, à Bagatelle comme dans d’autres quartiers sensibles, beaucoup de jeunes arrêtent leurs études et se tournent vers des gangs. Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela : la première est que dès l’école primaire, les jeunes se forment une image de la « réussite », et déjà à ce moment, il y a peu de professeurs noirs, métis ou autre au sein des écoles.

Une autre raison, selon moi, est que beaucoup de jeunes ne se donnent pas à fond dans les études et se découragent. Si l’on ajoute à cela l’ « échec professionnel », les membres de la famille qui abandonnent les études supérieures, et les préjugés dont ces jeunes sont victimes, ils se sentent rejetés et on en retrouve moins qui continuent les études.

Beaucoup se tournent alors vers les gangs. Ils y retrouvent un esprit de famille et d’appartenance. Sans compter l’attirance pour l’argent facile, mais ces autres idées reçues n’arrangent rien. »

Et vous, avez vous déjà subi ce genre de préjugés ?

« […] Une chose est sûre, je vais réfléchir avant de mettre mon adresse et une photo sur mon CV. »

« J’ai déjà eu l’impression de subir du racisme en raison de ma couleur de peau. Mais une chose est sûre, je vais réfléchir avant de mettre mon adresse et une photo sur mon CV.

 Je pense qu’au-delà de la couleur de peau, on est stigmatisé par l’endroit où l’on vit. Le nom d’un quartier sensible comme résidence principale confère immédiatement une étiquette de racaille pour certains recruteurs. Et ce, même avec une apparence et un nom français. »

Existe-il dans votre quartier des initiatives visant à lutter contre ces préjugés ?

« A Bagatelle, plusieurs associations aident les jeunes. Par exemple, le centre Vestrepin propose des projets d’interviews aux étudiants, pour connaître leur regard sur les jeunes des cités. Ils rencontrent des personnages publics, des Toulousains mais aussi des habitants du quartier pour connaître leur avis sur la cité elle-même. De nombreux événements sont organisés pour que la cité ne soit pas un ghetto replié sur lui-même. Des dialogues sont mis en place entre les habitants de la cité et les autres quartiers. Sans dialogue, les choses resteraient ancrées et empireraient avec les générations. Le dialogue est un outil obligatoire pour lutter contre les idées reçues et changer les choses, mais la désinformation des médias est un frein à tout cela. »

Pensez vous rester vivre à Bagatelle plus tard ?

« Oui, le fait de vivre ici est un moyen de changer les choses. Pour aider les jeunes et les enfants des cités, il faut vivre près d’eux. »

Propos recueillis par le Chat.

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