Rencontre avec un joueur d’Orgue de Barbarie

En me baladant dans les rues toulousaines, je suis tombé sur Cyril le Dénicheur, un joueur d’orgue de Barbarie. Chaque hiver à la période de Noël, ce musicien fait revivre cet instrument, tout droit sorti d’un autre temps, pour enchanter petits et grands.

Rencontre avec Cyril le Dénicheur.

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Cyril le Dénicheur. Crédit photo : le Matou

 

                   « Je voulais chanter pour gagner ma vie. »

 

Cyril, pouvez-vous vous présenter?

« Cyril le Dénicheur. 43 ans. Il y a cinq ans, suite au décès de mon papa, j’ai décidé de tout plaquer et de devenir joueur d’orgue de Barbarie. Mon père, jouait de cet instrument sous le nom de Lulu le Dénicheur. Mon nom d’artiste lui rend hommage. Peut-être que mon fils deviendra Jacques le Dénicheur après moi. »

Quel métier exerciez-vous avant d’être joueur d’orgue de Barbarie?

« J’ai passé une grande partie de ma vie à travailler à l’usine, pour le GIAT (armement pour les chars d’assaut) à Saint-Etienne. J’étais payé à pas faire grand chose. Je n’arrivais plus à me regarder dans la glace, je ne me sentais pas honnête. C’est à ce moment là que j’ai pris l’orgue de Barbarie de mon père. Je voulais chanter pour gagner ma vie. »

Qu’est-ce que cet instrument représente pour vous? 

« J’ai toujours vu l’orgue de Barbarie dans ma famille. Il fait un peu partie de mon sang. Avec cet instrument je chante pour les gens mais aussi pour ma mère, mon père, ma famille. C’est la pièce magique de notre famille. »

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L’orgue de Barbarbie. Crédit photo : le Matou

À votre avis, pourquoi cet instrument est-il de plus en plus rare?

« C’est un instrument d’une autre époque. C’est comme si tu comparais un vieux téléphone avec des câbles aux nouveaux téléphones tactiles de nos jours. Cependant, il y a toujours des passionnés et beaucoup de jeunes s’y intéressent. En France, il y a beaucoup de possesseurs d’orgue de Barbarie. »

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’histoire de l’orgue de Barbarie?

« C’est un instrument qui date approximativement de 1875. L’origine du nom viendrait de l’orgue de « Barberi ». Barberi était un fabricant d’orgues italien qui aurait inventé cet instrument. Il y a eu déformation du nom au cours des siècles. »

Pour vous, jouer dans la rue et devant des gens, ça représente quoi?

« Pour moi c’est distribuer du bonheur et surtout, servir à quelque chose. Avant j’avais un emploi stable, une bonne paye mais je ne servais pas à grand chose. Aujourd’hui, même sans argent j’apporte de la joie. Lorsque les gens m’applaudissent ou sont contents, j’ai une récompense personnelle profonde et intense. Ça me rend heureux. »

En général vous jouez dans quels lieux?

« Je joue beaucoup dans les maisons de retraite. Je prends mon pied là-bas. Je vois des gens qui ne reconnaissent pas leurs propres enfants mais qui arrivent à se souvenir des paroles des chansons que je joue, c’est vraiment très touchant. Encore une fois, là je sers à quelque chose. »

« L’été, je fais ma saison à Albi. C’est une ville que j’aime beaucoup. J’y vais depuis longtemps. Je m’installe devant la cathédrale et je chante toute la journée. On peut dire que je fais un peu partie des murs. »

Est-ce que vous arrivez à vivre de cette profession? 

« C’est très dur. On me paye pour venir et pour animer mais une fois qu’on enlève le déplacement, les charges, l’achat des cartons pour l’orgue, il ne me reste pas grand chose. Si je vais voir une banque en disant que je suis joueur d’orgue de Barbarie, elle ne me prend pas au sérieux et ne me prête rien. C’est dommage, car avec un prêt je pourrais me développer un peu plus, faire travailler des gens, organiser des petits festivals mais ce n’est pas possible. Quand je foutais rien à l’usine mais que je gagnais plus d’argent, j’aurais pu faire n’importe quel emprunt.  Mais c’est la vie que j’ai choisie alors j’assume les concessions. Quand on fait ce choix de métier, il faut le faire avec le coeur. »

Pouvez-vous nous raconter quelques moments qui vous ont le plus marqués dans ce choix de vie?

« Une des plus fortes anecdotes s’est déroulée dans une maison de retraite. J’étais en train de chanter « La vie en rose » d’Edith Piaf, avec mon orgue.Une petite mamie qui m’écoutait ne s’est jamais réveillée. Elle est morte en écoutant ma chanson. Pendant un temps je me suis dit que ça devait être de ma faute. Mais en y réfléchissant, je me suis dit qu’il n’y avait pas plus beau cadeau que de partir sur une chanson que l’on aime. » 

« Quand on fait ce choix de métier, il faut le faire avec le coeur. »

« Grâce à cet instrument j’ai également pu rencontrer beaucoup de personnalités. Jacques Higelin dont je suis un très grand fan ou encore Brigitte Fontaine, Eric Serra et d’autres. L’année dernière, au festival « Pause Guitare » à Albi j’ai également pu rencontrer Laurent Voulzy. Il est passé chanter avec moi et mon orgue alors qu’il était à la bourre pour son concert le soir. C’était super. Que des bons moments. »

La journée type d’un joueur d’orgue de Barbarie?

« C’est très dur de raconter une journée type. Aucune journée ne se ressemble. Par contre ce que je peux te dire c’est que toutes mes journées se finissent bien. Même quand on n’a pas forcément envie tous les jours de se lâcher à fond, les gens font en sorte de te donner l’envie. Ce sont les gens qui me donnent leurs énergies. »

Comment votre famille a réagi face à ce nouveau choix de vie? 

« Au début ça n’a pas été évident. Mes copains, mes amis, étaient un peu inquiets et mon fils avait peur pour moi. Ils m’ont tous un peu pris pour un fou lorsque j’ai démissionné de mon ancien boulot. Mais maintenant grâce à la notoriété, mon fils est fier de ce que je fais. Et puis bien qu’ils voient que j’ai du mal à en vivre, ils sentent que je suis heureux et que je fais quelque chose qui me plaît. Et ça je pense que c’est le plus important pour eux. A présent tous mes amis, ma famille, me soutiennent. »

« Ce sont les gens qui me donnent leurs énergies. »

 

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Cyril joue devant des gens sur un marché de Noël. Crédit photo : le Matou

Un dernier petit message à transmettre?

« Restez vous-même. Écoutez votre coeur. Faites ce que vous avez envie de faire. Même si c’est dur, ça vous rendra heureux. Et surtout, essayez de rendre les gens autour de vous heureux. »

Propos recueillis par Le Chat. 

Remerciements au Matou et à Chat Rabbia  

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