Dans la ZAD du Testet, la vie continue. Les tensions aussi.

En ce début du mois de décembre, je me suis rendu sur la ZAD du Testet afin de rencontrer celles et ceux qui l’occupent.

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« Nature is Back » Crédit photo : Chat Graff

Depuis le drame de la mort de Remi Fraisse, la vie continue sur la Zone A Défendre du Testet (ZAD). Alors qu’entre pro et anti-barrage la tension reste palpable, la cohabitation entre les zadistes et les habitants locaux devient de plus en plus difficile.

La vie sur la ZAD

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Crédit photo : Chat Graff

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Crédit photo : le Matou

Plusieurs sites sont habités et occupés par ceux et celles qui revendiquent lutter pour la sauvegarde de l’environnement. Tous sont contre le projet de «  retenue Sivens », qu’ils jugent à la fois comme un projet inutile et nuisible. Ils profitent également d’occuper le périmètre pour mettre en avant des modes de vie alternatifs, en opposition à des principes et des règles imposés par la mondialisation. Entre militantisme et altermondialisme, la vie s’organise dans cette zone à l’allure de petit village gaulois.

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« GO VEGAN »

Le territoire occupé se situe dans la vallée du Testet. La ZAD peut se diviser en plusieurs secteurs disctincts.

Les différents secteurs de la ZAD

La Barricade

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Deux zadistes prenant la pose à la Barricade.

Directement installés sur la route, un barrage, des mottes de terre et des amas de débris annoncent à la fois la couleur et l’entrée de la ZAD.

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L’entrée principale de la ZAD. Crédit photo : le Matou

Pitchou : « Je fais partie de ceux qui surveillent et protègent l’entrée de la ZAD. L’entrée de la ZAD est ouverte à tous. On surveille la venue des forces de l’ordre et des pro barrages afin de pouvoir donner rapidement l’alerte pour assurer la sécurité des zadistes. »

La Californie
C’est le premier lieu de « repli » si la barricade venait à se faire submerger par une attaque extérieure.

« Ils nous ont forcé à nous retrancher dans la forêt en nous poursuivant avec des quads, tout en tirant en l’air avec des fusils […] »

Check :  « Je vis à la Californie. C’est un peu le lieu où tous ceux qui militent depuis pas mal de temps se sont regroupés. Pour ma part, je suis là depuis 3 mois et avant de venir au Testet, je militais sur la ZAD de Notre Dame Des Landes. Je suis ici pour montrer qu’il existe d’autres alternatives à la mondialisation. Ici je me sens libre de créer autre chose. Je fais partie de ceux qui se cagoulent pour militer. Non pas pour commettre des actes illégaux ou me cacher par lacheté mais pour me protéger et éviter ainsi d’être fiché par les forces de l’ordre ou encore reconnu par les pro-barrages. Par exemple, j’ai été pris dans une « chasse à l’homme » par des individus. Nous étions une douzaine à marcher sur la route. Ils nous ont forcé à nous retrancher dans la forêt en nous poursuivant avec des quads, tout en tirant à l’air avec des fusils et en criant ; « un bobo tué, une cartouche offerte.» Je ne pense pas  que ces gens soient particulièrement pro-barrage, cependant le barrage est pour eux plus un prétexte pour casser du « hippie ».  La cagoule fait débat sur la ZAD. Certains sont pour et d’autres sont contre. Suite à cet événement, j’ai décidé de mettre la cagoule pour me protéger. »

La Métairie

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Le coin cuisine. Crédit photo : le Matou

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Campement. Crédit photo : le Matou

C’est l’aire de vie des zadistes. Ici ils cuisent du pain de façon traditionnelle dans un ancien four remis en état. Ils s’y réunissent en Assemblée Générale dans une ancienne grange  pour discuter et débattre de projet de la ZAD. C’est ici que se trouve la « Médic », une tente dédiée aux soins médicaux, l’accueil des visiteurs et des nouveaux arrivants. Un point info est accessible. C’est ici que la plupart des zadistes vivent dans des campements.

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L’infirmerie ou « Medic ». Crédit photo : le Matou

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Une fois entré dans la ZAD, il faut obligatoirement se présenter au point accueil. Crédit photo : le Matou

Zhack, 47 ans: « Je suis mère de famille à mi-temps maintenant. Je m’occupe de la Médic depuis plus d’un mois. Ici je fais un boulot de maman. Je fais des petits pansements et je donne des conseils. Je panse les plaies physiques et morales. »

Sème ta ZAD
Pour devenir autonome en nourriture et montrer qu’une autre agriculture est possible, les zadistes ont créé la zone « Sème ta ZAD ».

« Des agriculteurs nous aident, nous donnent de la paille, des graines, nous prêtent du matériel… »

Hélios : « Je suis sur la ZAD depuis environs un mois. Notamment pour expérimenter un autre mode de vie et acquérir l’autonomie la plus totale possible (alimentaire et financière). Je participe au développement et à l’entretien de « Sème ta ZAD ». On y a créé un potager avec des fèves, épinards etc… Ainsi qu’ un verger avec des arbres fruitiers. Je suis pour faire le lien avec les acteurs locaux, échanger les savoir faire et pour l’entraide. Des agriculteurs nous aident, nous donnent de la paille, des graines, nous prêtent du matériel… Certains, attachés à leur vallée et profondément contre le projet Sivens, ont vu que les zadistes souhaitaient la même chose qu’eux : la protection de la vallée. Ils nous sont donc venus en aide. »

Gazad

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Crédit photo : le Matou

Ce site tient son nom des très nombreuses grenades lacrymogènes qui y furent lancées durant les affrontements avec la police.

Juste avant Gazade se situe un lieu emblématique du combat des zadistes. Ici, il ne reste plus aucune végétation. Le seul vestige de la nature : un arbre solitaire, le seul que les machines n’ont pas pu arracher lors du déboisement de la zone. Les occupants replantent des arbres sur ce site envahi par la boue.

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L’arbre solitaire, symbole zadiste de la lutte au Testet. Crédit photo : le Matou

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Crédit photo : le Matou

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La zone comprenant le Désert et le Fort. Crédit photo : le Matou

Le Désert

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Tombe symbolique de Remi Fraisse. Crédit photo : le Matou

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Lieu symbolique de la ZAD , c’est ici que Remi Fraisse a perdu la vie la nuit du 25 octobre 2014.

Le Fort

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« Le Fort ». Crédit photo : Chat Graff

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Tour de Guet. Crédit photo : Chat Graff

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Crédit photo : le Matou

Le fort sert de rempart contre ceux qui veulent déloger les zadistes . Il sert également à empêcher la reprise des travaux de construction du barrage. Depuis l’arrêt des travaux, le site s’est transformé en immense zone boueuse et humide. Pour protéger le lieu, des dizaines de zadistes y ont installés leurs campements.

Zoulou

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Barricade.

C’est l’autre Barrage de l’autre côté de la vallée. Beaucoup plus conséquent, c’est par cette route qu’entraient les machines du chantier. La route est à présent complètement bloquée, des troncs d’arbres sont couchés au sol et les zadistes ont même essayé de détruire le pont menant au chantier.

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Le pont quasiment détruit. Crédit photo : le Matou

« On empêche l’éventuelle reprise des travaux. »

Joan : « J’ai fait 3 ans d’armée et je me dirige vers des études d’ambulancier. Je suis venu à la ZAD pour me faire ma propre opinion au-delà de celle diffusée par les médias. Une fois sur place, je suis resté, séduit par les idées véhiculées et le mode de vie. Je fais partie des Zoulous, je protège l’accès à la ZAD. On empêche l’éventuelle reprise des travaux. »

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Crédit photo : le Matou

Une idée commune, des profils différents 

Bien que tous les zadistes se regroupent sur une idée commune : la fin des projets inutiles; leurs discours, rôles et moyens d’action n’en sont pas moins divers et variés. Il y a par exemple ceux qui militent via des associations pour faire entendre leurs voix.

« Il y aurait plus de 100 espèces au total vivant dans la vallée du Testet. »

Camille : « Le barrage a été fait de manière légale mais le défrichage non, à la suite de quoi la FNE (France Nature Environnement) a déposé un recours. Les responsables du chantier ont alors demandé les autorisations à la hâte alors que les 2/3 du site étaient déjà défrichés. L’enquête publique a été bâclée. La réunion publique n’a pas été faite. Et les avis des opposants au barrage n’ont pas été pris en compte. En ce qui concerne les espèces protégées, ils n’ont pas respecté les lois. Ils ont passé à peine une demi-journée à répertorier 24 espèces. Leur travail s’est axé sur les rapports de la CACG (Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne). Par la suite le collectif « Tant qu’il y aura des bouilles » a fait sa propre enquête. 94 espèces par la suite ont été répertoriées mais seulement grâce aux naturalistes du coin. Le travail aurait du être fait sur un an. Il y aurait plus de 100 espèces au total vivant dans la vallée du Testet. »

« Beaucoup de jeunes viennent ici car ils n’ont jamais eu de place au sein de la société. »

Zhack : « Beaucoup de jeunes viennent ici car ils n’ont jamais eu de place au sein de la société. Ils ont fait leur deuil et trouvent ici une raison de vivre et de créer quelque chose. »

Bien que tous se revendiquent pacifistes, certains emploient de plus en plus le terme de « pacifiste énervé ».

Joan : « C’est les forces de l’ordre qui instaurent la violence. A force de subir des violences répétées, les nerfs lâchent, les gens sont à bout et finissent par utiliser la violence pour se défendre. »

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Cabane dans les arbres. Crédit photo : Chat Graff

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Machine à l’abandon. Seul vestige des travaux du barrage de Sivens. Crédit photo : le Matou

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Maison faite de terre. Crédit photo : Chat Graff

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Maison des Druides. Crédit photo : le Matou

Entre pro et anti-barrage, la tension est palpable

Bien que le projet du barrage soit suspendu depuis quelques temps, le débat quant à lui fait toujours rage. Il y a ceux qui sont totalement contre ce projet, qu’ils jugent nuisible et inutile, ceux qui sont totalement pour ce projet dans son ensemble, et enfin ceux qui sont pour un barrage mais de moindre taille que celui proposé.

De chaque côté on souhaite faire entendre sa voix, en manifestant par exemple. Ce fut le cas le samedi 15 novembre 2014 à Albi, où la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles), des agriculteurs et des élus exprimèrent leur soutien au projet du barrage de Sivens.

D’autres se rassemblent via des associations et des réseaux sociaux. Cependant depuis la mort de Remi fraisse, la tension est montée d’un cran et les oppositions ne se font plus seulement ressentir dans les discours mais dans les actes. A Albi et à Gaillac, des groupes facebook composés de pro-barrages mais également d’habitants locaux à bout de nerf appellent à déloger les zadistes en utilisant s’il le faut la force.

Pour les zadistes, ce ne sont plus de simples menaces mais une réalité. Plusieurs d’entre eux ont rapportés des actes de violences à leur encontre, que ce soit sur la ZAD même ou bien dans les rues des villes limitrophes. Une paranoïa, semble avoir envahi la ZAD. Ici on est ouvert mais on se méfie, on évite d’être photographié de peur de représailles.

Entre les deux camps, le dialogue semble rompu.

La cohabitation avec les locaux

Dans le village limitrophe de la ZAD, Barate, la cohabitation entre les zadistes et les habitants semble de plus en plus tendue.
Parmi les opposants à la présence des zadistes, tous ne sont pas nécessairement en faveur du barrage, certains soutiennent même la cause zadiste. Mais pour eux la cohabitation est devenue impossible. C’est le cas d’un des habitants du village de Barat, qui a préféré garder son anonymat.

« Depuis que la vallée est occupée, la vie est devenue insupportable. »

« Je ne suis pas un pro-barrage, je suis même d’accord avec les idées des zadistes, mais cependant je veux mener une vie paisible ici avec ma famille. Depuis que la vallée est occupée, la vie est devenue insupportable. Chaque jour j’entends des dizaines de voitures défiler devant ma maison ou faire demi tour dans mon jardin, et la nuit c’est la musique qui prend le relais. Avec un bébé ce n’est pas facile à vivre. Je ne me sens plus en sécurité dans ma maison. Une fois j’ai vu un homme armé et cagoulé arpenter la route… Je ne sais pas si c’était un pro-barrage, un zadiste ou même un policier mais ça m’a fait peur. Comme personne ne veut acheter ma maison je suis contraint de rester ici, en espérant que les choses vont se calmer et qu’il n’y aura pas d’autres dérapages. »

D’autres sont pour un départ immédiat des zadistes, comme cet autre habitant du village de Barat.

« J’ai eu de nombreuses altercations avec eux, dont une très violente. Depuis je vis dans la peur. »

« Dès le départ j’ai été pour le barrage, mais depuis l’arrivée des zadistes, je soutiens encore plus les pro-barrage. Moi et de nombreux voisins souhaitons leur départ immédiat. Ils ne sont pas d’ici. J’ai eu de nombreuses altercations avec eux, dont une très violente. Depuis je vis dans la peur. »

Cependant certains soutiennent les occupants et les aident. Comme Pierre Lacoste, éleveur dans la vallée du Testet.

« C’est grâce aux zadistes, par leur présence, que le barrage n’a pas pu se faire. C’est pour ça que je les soutiens. »

« Mon père avait déjà entendu parler de ce projet en 1969. Je suis contre ce projet depuis le début car on le considère inutile. C’est grâce aux zadistes, par leur présence, que le barrage n’a pas pu se faire. C’est pour ça que je les soutiens. Avec moi la cohabitation se passe donc très bien. Ce qui n’est pas le cas avec la plupart de mes voisins qui sont pour leur départ. Ils les dérangent car ils sont différents et vivent différemment. »

Altermondialisme, violences policières, promotion et protection de l’agriculture, aménagement du territoire, écologie…

Le débat va aujourd’hui bien au delà du projet de « Retenue Sivens », pour l’heure toujours suspendu. Le clivage semble désormais idéologique, opposant des modes de vie bien distincts.

Remerciements au Chat Graff, au Grosminet et au Matou

Article griffé par Le Chat

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